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Le grenadier, Punica granatum L., est un arbre fruitier fascinant dont la culture, bien que répandue dans les régions méditerranéennes, révèle des nuances surprenantes quant à ses exigences et son comportement. L'observation attentive de sa croissance, notamment dans des conditions de sol atypiques, permet de mieux comprendre ses besoins fondamentaux. L'expérience personnelle d'un collectionneur passionné, enrichie par des données issues de recherches agronomiques, éclaire les pratiques de culture, les techniques de taille et les variétés les plus adaptées.

Grenadier en fleurs

L'Amour de l'Humidité et du Soleil : Un Paradoxe Méditerranéen

Contrairement à une idée reçue tenace qui associe souvent le grenadier à une plante de terre sèche, les observations sur le littoral méditerranéen, notamment dans la région de Toulon, suggèrent une tout autre réalité. Un terrain limoneux argilo-sableux très profond, bénéficiant d'un ensoleillement maximal grâce à une vaste plaine exposée au sud, s'avère être un environnement particulièrement propice. L'humidité hivernale du sol, même extrême, ne semble en rien nuire au grenadier. Cette particularité est confirmée par la présence d'une noria du 19ème siècle traversant une partie de la collection, dont l'humidité souterraine a eu raison d'une haie d' Elaeagnus x ebbingei. L'existence préalable d'un grenadier d'une taille exceptionnelle (6 m de hauteur pour 38 m de circonférence), âgé de plus de 80 ans, dans ces conditions, renforce cette observation. Ce développement hors du commun atteste que Punica granatum L. se plaît davantage en terre humide qu'en terre sèche, et qu'il ne craint ni les sols mouillants, ni les inondations occasionnelles. La pousse rapide de la collection de 34 cultivars de grenadiers corrobore le bénéfice des sols mouillants.

Cependant, cette préférence pour l'humidité doit impérativement être associée à un bel ensoleillement, particulièrement en automne, si l'on aspire à une bonne fructification. L'adage "Les pieds dans l'eau et la tête au soleil" trouve ici tout son sens, s'appliquant aussi bien au grenadier qu'au palmier dattier. Il est à noter que des grenadiers plantés dans des parcelles plus sèches se développent correctement, mais avec une croissance moins rapide que ceux bénéficiant de la zone exceptionnellement humide en hiver.

Besoins en Eau : Un Arrosage Adapté aux Différents Stades de Croissance

La gestion de l'arrosage est cruciale, bien que le grenadier fasse preuve d'une certaine résilience. Au démarrage en culture, durant la première année, un arrosage tous les trois jours en période sèche est recommandé. La deuxième année, cette fréquence est réduite à un arrosage par semaine. Une fois les arbres bien établis, ils recevront un arrosage copieux tous les quinze jours en période sèche. Cette approche progressive permet aux racines de s'ancrer en profondeur et de développer une autonomie.

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Résistance au Froid : Graines Tendres ou Dures, une Distinction Clé

La résistance au froid des cultivars de grenadier est un facteur déterminant pour leur implantation dans différentes régions. Des observations personnelles et les retours de pépiniéristes indiquent une corrélation significative entre la texture des graines et la tolérance au gel. Les cultivars à graines tendres, tels que 'Mollar de Elche' ou 'Fleshman', présentent une résistance au froid moyenne, se situant aux alentours de -12 °C à -13 °C, selon Pierre Baud, pépiniériste réputé. Cette observation est en accord avec les travaux du Dr Gregory Levin, qui a étudié le grenadier pendant plusieurs décennies au Turkménistan, constituant une collection impressionnante de 1.117 cultivars. Dans ses ouvrages, il confirme que les cultivars à graines tendres gèlent à -12 °C / -13 °C.

À l'inverse, les cultivars à graines dures montrent une résistance accrue au froid, bien que variable selon les variétés. Les cultivars 'Gabès' et 'Provence', réputés pour leur résistance, ont supporté respectivement -16 °C et -17 °C, d'après des témoignages du sud-est de la France. Ce principe général, souligné par Gregory Levin, met en lumière une distinction fondamentale : la dureté des graines est un indicateur fiable de la résistance au froid des cultivars de grenadier.

La Touffe, Port Naturel du Grenadier : Taille et Conduite

Le port naturel du grenadier est la touffe, caractérisée par l'émission régulière de nombreux rejets. La conduite en touffe est privilégiée par de nombreux amateurs, y compris dans la collection décrite, pour des raisons esthétiques et pratiques. Pour maintenir une touffe dense et harmonieuse, une taille spécifique est nécessaire. Les rejets sortant de terre en périphérie sont taillés au ras du sol. Au centre, les rejets verticaux sont conservés, ainsi que ceux d'une inclinaison proche de 45°, afin de favoriser une structure équilibrée.

Les gourmands ne sont pas systématiquement supprimés, mais uniquement ceux qui créent une confusion visuelle, parfois taillés partiellement. Sur le haut de la touffe, seuls les rameaux nettement plus longs que les autres, constituant des tiges esseulées inesthétiques, sont épointés. Il est essentiel d'éviter de couper les rameaux en hauteur au même niveau, ce qui donnerait un aspect en balai peu attrayant. Une taille légère annuelle ou bisannuelle des rameaux latéraux périphériques permet de conserver une forme équilibrée et d'empêcher un élargissement désordonné. Lorsque la touffe atteint une dimension importante, la taille se limite aux branches latérales s'écartant trop.

Structure d'une touffe de grenadier

Contrairement à certains conseils qui préconisent l'élimination des rejets les plus vieux pour renouveler la capacité de fructification, l'expérience montre que les rejets anciens, formant de petits troncs, contribuent à la structure de la touffe. Leur enlèvement pourrait la déstructurer significativement, et la fructification des grosses touffes reste satisfaisante.

La Fructification et les Formes de Conduite : Touffe vs. Tronc Unique

Chez le grenadier, la fructification intervient sur une bourse à l'extrémité d'une coursonne, et c'est le vieux bois qui porte les fruits sur les branches exposées à l'extérieur de la charpente. La taille courte est donc contraire à ce mode de fructification. Pour des raisons esthétiques, certains amateurs préfèrent conduire le grenadier sur tronc unique, une pratique également adoptée dans les vergers commerciaux pour faciliter l'entretien, la taille et les traitements, et qui serait, selon certains, plus productive.

Cependant, les études agronomiques sur ce point manquent, et l'observation personnelle démontre que les grenadiers conduits en touffe sont suffisamment productifs pour un usage amateur. Le grenadier sur tronc unique revêt un caractère artificiel et perd la beauté sauvage de la touffe. Il est d'ailleurs facile de transformer un grenadier sur tronc unique en touffe en coupant le tronc au ras du sol, permettant à la masse racinaire de produire de nombreux rejets. Cette opération a été nécessaire pour planter la variété 'Mollar de Elche' en gros sujet, uniquement disponible sur tronc unique en France. Cependant, le démarrage des rejets suite à cette transformation a été décevant, les rejets étant nombreux mais faibles durant les premières années.

La constitution d'un individu sur tronc unique à partir d'une touffe est également réalisable. Pour ce faire, on sélectionne au centre de la touffe un rejet vertical possédant des ramifications latérales à la hauteur de tronc souhaitée, au minimum trois et bien disposées pour former un gobelet harmonieux. Tous les autres rejets sont coupés au ras du sol, et le rejet sélectionné est tuteuré. Avant le tuteurage, les rameaux situés sous les ramifications latérales destinées à former les charpentières sont retirés. Ces ramifications, même si elles ne sont pas situées à l'étage le plus haut, sont cruciales. Dans le cas où la touffe manque de rejets centraux verticaux, un rejet incliné, même gros, peut être sélectionné et tuteuré verticalement.

La formation d'un arbre en gobelet suit le même principe que pour un pommier. La bouture racinée doit être plantée à l'automne, après défoliation, pour laisser un scion se développer. L'année suivant la plantation, le scion est rabattu au-dessus d'un œil à la hauteur désirée pour le tronc. Durant la végétation, trois à cinq charpentières sont conservées et taillées à environ 50 cm l'hiver suivant, une fois qu'elles ont dépassé cette longueur. La demi-tige (environ 1 m) est la hauteur de tronc la plus courante en région méditerranéenne, offrant un contraste marqué avec la conduite en touffe. La culture en haute tige, bien que moins courante, est possible en culture amateur. Les premières années, il est essentiel de tailler au ras du sol les nombreux rejets apparaissant au pied.

Conduite d'un grenadier en touffe

La Taille Structurante de la Touffe en Culture Amateur

Dans le cadre d'une culture amateur, la taille d'une touffe de grenadier nouvellement plantée, qui émet souvent des rameaux très longs retombant au sol, vise à structurer l'arbuste. Le tuteurage avec des bambous de cinq tiges au maximum est recommandé : une centrale verticale et les autres autour, à 45° ou un peu plus, choisies pour harmoniser la touffe. Si les tiges sont suffisamment érigées, le tuteurage n'est pas nécessaire. Toutes les autres tiges sont coupées à ras de terre. L'extrémité des tiges tuteurées n'est pas touchée, sauf si elles atteignent une longueur telle qu'elles s'inclinent vers le sol. Les rameaux orientés vers le centre sont conservés et taillés comme ceux dirigés vers la périphérie, afin d'éviter un résultat inesthétique. Le centre de la touffe est laissé dense, même si des rameaux s'entrecroisent. De même, le bas des tiges n'est pas dénudé pour éviter un aspect inesthétique, mais aucun rameau ne doit toucher le sol.

Sur chacun des rameaux taillés, les rameaux secondaires sont également raccourcis pour assurer un équilibre et une esthétique agréable. Il est crucial de ne pas égaliser la hauteur des tiges tuteurées pour éviter l'effet "balai". Si une branche est nettement plus haute, elle est épointée, mais pas à la hauteur d'une autre ; elle est laissée légèrement plus haute ou plus basse selon sa position. Pour cette première taille, il n'est pas nécessaire de se compliquer la tâche avec les nœuds.

Le Bouturage : La Méthode de Multiplication Privilégiée

La multiplication du grenadier par bouturage est la méthode la plus simple et la plus fiable pour cette espèce, car le semis ne conserve pas les caractéristiques de la variété. L'histoire de l'introduction de cultivars afghans en France illustre ce point : des cultivars de haute qualité, une fois multipliés par semis, ont produit des fruits de qualité médiocre, comme l'ont vérifié des collectionneurs ayant planté ces variétés.

L'avantage du bouturage par rapport à la greffe réside dans le fait que la variété pousse sur ses propres racines. Le bouturage s'effectue idéalement fin février ou début mars, juste avant le débourrement. Les boutures, prélevées entre le 15 janvier et le 15 février, sont conservées dans des sacs en plastique fermés au réfrigérateur, avec un morceau de papier essuie-tout imbibé d'eau pour éviter le dessèchement. Bien que certains pratiquent le bouturage à toutes saisons, l'expérience montre que les meilleurs résultats s'obtiennent avec des baguettes fortes, d'au moins un crayon de diamètre, sur une longueur de 20 à 30 cm. Seul le bois d'un an, apparu au printemps précédent, est utilisé. Les baguettes les plus grosses se trouvent souvent au centre de la touffe, sous forme de gourmands vigoureux. Si les gourmands sont absents, la croissance vigoureuse peut se reporter à l'extrémité des tiges. Même des baguettes plus fines peuvent réussir, bien que le bouturage puisse être un peu plus difficile, nécessitant potentiellement une année de forçage supplémentaire en conteneur.

L'Acorus gramineus ‘Variegatus’, ou jonc japonais panaché, est une plante d'eau appréciée pour son feuillage décoratif. Ses longues feuilles dressées puis courbées portent une bande blanc crème le long d'une ou deux bandes vert clair. La fleur, discrète, est souvent retirée pour mettre en valeur le feuillage. Il pousse dans un sol humide, voire dans l'eau, et préfère une exposition ombragée. Ses rhizomes, subtilement parfumés évoquant la réglisse, sont légèrement traçants. Une taille annuelle des feuilles sèches suffit. Le genre Acorus, unique de la famille des Acoracées, tire son nom du grec "acos" (soigner) et "koris" (pupille), faisant référence à son usage traditionnel pour les yeux. Les rhizomes fournissent une huile essentielle utilisée en parfumerie.

Fougère aux frondes ciselées

La diversité des plantes de terrain humide est remarquable, offrant une richesse incroyable en termes de floraison, de feuillage et d'envergure. Des vivaces comme l' Astilbe x arendsii ('Mars', 'Rotlicht', 'Vénus', 'William Reeves'), l'Astilbe x rosea ('Queen Alexandra'), l'Astilboides tabularis, l'Astrantia ('Roma', 'Buckland', major 'Milano', major 'Ruby Wedding', major subsp. involucrata 'Shaggy'), le Baptisia australis, le Begonia grandis subsp. evansiana et son cultivar 'Alba', le Bergenia ('Abendglut', 'Silberlicht', cordifolia), ou encore le Bletilla striata et son cultivar 'Alba', ainsi que le Boykinia aconitifolia, illustrent cette richesse. Ces plantes, adaptées aux sols frais et humides, apportent une grande valeur ornementale aux jardins.

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