Le 2 février, nous célébrons la Journée mondiale des zones humides, marquant l'anniversaire de la Convention de Ramsar, un traité international adopté en 1971. Cette journée est une occasion précieuse de mettre en lumière l'importance capitale de ces espaces naturels, souvent méconnus et parfois mal compris, qui rendent pourtant d'innombrables services à notre environnement et à nos sociétés. Loin des clichés d'un simple point d'eau stagnante ou d'une source d'odeurs désagréables, les zones humides sont des écosystèmes dynamiques, dont la présence d'eau peut varier selon les saisons et les conditions hydrologiques. Elles se caractérisent par des sols spécifiques et une flore adaptée, tels que les marais et les prairies humides que l'on peut observer à proximité de nos habitations.

Une zone humide est définie comme tout terrain, exploité ou non, habituellement inondé ou gorgé d'eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire. La végétation, lorsqu'elle est présente, y est majoritairement composée de plantes hygrophiles, c'est-à-dire aimant les sols très humides. Parmi ces plantes, on retrouve couramment le roseau, le carex, l'iris jaune, le saule ou encore le jonc. Ces caractéristiques confèrent aux zones humides une identité unique, les distinguant des milieux terrestres ou purement aquatiques. Le terme "zone humide" englobe une grande diversité de milieux, allant des marais et des tourbières aux marécages, en passant par les estuaires et les deltas.
Les zones humides sont avant tout de véritables sanctuaires pour la biodiversité. La richesse et la diversité de la faune et de la flore qui y prospèrent sont remarquables. La végétation hygrophile crée un habitat idéal pour une multitude d'espèces. Les libellules virevoltent au-dessus des eaux, les amphibiens trouvent des conditions propices à leur développement, et de nombreux oiseaux, dont des espèces migratrices, y nichent, s'y nourrissent et s'y reproduisent. Les zones humides abritent ainsi 35% des espèces rares et en danger, soulignant leur rôle crucial dans la préservation de la diversité biologique. Les annexes des rivières, telles que les noues, les bras morts et les berges, constituent des refuges privilégiés, des lieux de reproduction et de nourrissage essentiels pour de nombreuses espèces de poissons et d'oiseaux d'eau. Ces zones offrent les conditions adéquates pour le frai, la nidification et le développement des jeunes.
Au-delà de leur rôle d'abri pour la faune et la flore, les zones humides rendent une multitude de services indispensables à l'équilibre de notre planète et au bien-être humain.
Les zones humides jouent un rôle fondamental dans le cycle de l'eau. Elles agissent comme de véritables éponges, absorbant d'importantes quantités d'eau lors des périodes d'abondance, comme en hiver ou lors des crues. Cette eau stockée est ensuite restituée progressivement lorsque les conditions deviennent plus sèches, participant ainsi à l'alimentation en eau pour la consommation humaine, ainsi qu'aux besoins des activités agricoles et industrielles. En se gorger d'eau, elles contiennent le surplus, le ralentissent et l'absorbent petit à petit, contribuant ainsi à recharger les nappes phréatiques et les cours d'eau. Certaines zones humides peuvent ainsi stocker jusqu'à 15 000 m³ d'eau par hectare.
Leur capacité à stocker l'eau lors des crues permet de ralentir le déplacement de ces dernières et d'en écrêter la pointe. L'exemple de La Bassée, une zone naturelle d'expansion de crue située dans la vallée de la Seine à l'amont de Paris, est particulièrement illustratif. Avec sa capacité de stockage de 65 millions de m³ et sa superficie de débordement de 5000 hectares, cette zone humide contribue significativement à la lutte contre les inondations à Paris. La valeur économique du service d'écrêtement des crues pour les 30 000 hectares de la plaine alluviale de La Bassée est estimée entre 208 et 3 841 €/ha. Sur le littoral, la végétation des zones humides, comme les vasières, les mangroves ou les marais salants, atténue les effets des vagues et du vent, limitant ainsi l'érosion du trait de côte. Dans les régions tropicales, un kilomètre d'épaisseur de mangrove peut diminuer la hauteur des vagues de 75% et réduire la hauteur des raz-de-marée de 5 à 50 cm.
Ces milieux sont des zones tampons essentielles qui favorisent l'infiltration de l'eau dans le sol et peuvent alimenter les nappes phréatiques et les cours d'eau.

Si les océans et les forêts sont souvent qualifiés de "poumons" de la planète, les zones humides en sont les "reins". Elles fonctionnent comme un filtre naturel, recevant les matières minérales et organiques produites sur le bassin versant, les emmagasinant, les transformant et les restituant progressivement à l'environnement. Ce processus d'épuration naturelle, résultant de processus biogéochimiques complexes, permet d'éliminer, de transformer, de réduire ou de retenir les polluants transportés par l'eau. Elles assurent ainsi une épuration des nutriments et des polluants. Le pouvoir d'épuration des zones humides permet une économie de traitement de l'eau potable estimée à 2 000 euros par hectare et par habitant.
Sur le littoral, la présence de zones humides est déterminante pour assurer la qualité des eaux de baignade, comme à Royan qui a bénéficié du label Pavillon Bleu en partie grâce à la préservation des zones humides en amont. Elles contribuent également à protéger la ressource en eau potable en maintenant l'équilibre entre eau douce et eau salée dans les masses d'eau souterraines. Les techniques de Zones Humides Artificielles (ZHA) s'inspirent de ces fonctions naturelles, utilisant des solutions biomimétiques ou fondées sur la nature pour l'épuration de l'eau.
À l'instar des forêts, les zones humides contribuent à l'atténuation des effets négatifs du changement climatique en absorbant le CO2 de l'atmosphère. Elles jouent ainsi un rôle dans la régulation du climat global.
Malgré leur importance capitale, les zones humides sont l'un des écosystèmes les plus menacés de la planète. Les études scientifiques indiquent qu'elles disparaissent trois fois plus vite que les forêts. En France, on estime que 60% des zones humides ont disparu depuis 1970. À l'échelle mondiale, des recherches scientifiques (Fluet-Chouinard et al. 2023) estiment à 21% les surfaces mondiales de zones humides qui ont disparu depuis 1700. Cette régression est due à de multiples facteurs, notamment l'urbanisation, l'agriculture intensive et la pollution. Les plantes invasives, comme la Renouée du Japon, très résistante, se développent de manière anarchique, menaçant l'équilibre des écosystèmes humides.
Une cartographie homogène basée sur la photo-interprétation à l'échelle du bassin Seine-Normandie a permis d'identifier 5 592 km² de zones à dominante humide, soit 5,9 % du bassin. Pour le bassin Rhône-Méditerranée, l'espace humide de référence (EHR) couvre 41% de la superficie du bassin, soit 53 546 km². Les travaux de cartographie nationale (2021) rapportent que les milieux probablement humides couvrent environ 30% du territoire hexagonal, soit près de 165 000 km².

La protection et la gestion durable des zones humides sont d'intérêt général, comme l'affirme le code de l'environnement. Des acteurs comme le SIARE (Syndicat Intercommunal d'Aménagement, de la Rivière et de son Bassin), fort de sa compétence GEMAPI (Gestion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations), ont pour mission de protéger ces milieux. L'étude scientifique des zones humides est une étape nécessaire à leur protection et à l'amélioration de leur qualité. L'inventaire du SAGE Croult-Enghien-Vieille Mer a permis d'identifier les zones humides sur une grande partie du territoire du SIARE, bien que certaines communes n'aient pas été couvertes par cette étude.
Un vaste programme de restauration, de création et de valorisation de zones humides est prévu par le SIARE. Pour les zones humides endommagées, des travaux d'entretien ou de restauration seront réalisés, allant du simple fauchage à une restauration complète. Des travaux de restauration sont ainsi prévus sur le ru de Corbon à Montlignon et à Eaubonne.
Pour préserver ces écosystèmes, plusieurs moyens peuvent être envisagés. Au niveau juridique, les mairies, sur le territoire du SAGE, devront modifier leur PLU (Plan Local d'Urbanisme) pour y inclure les zones humides et peuvent également les classer en zone inconstructible. La destruction de zones humides sans autorisation est une infraction susceptible de poursuites et de sanctions pénales, pouvant aller jusqu'à 75 000 € d'amende pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale. Le SIARE a également mis en place une stratégie foncière proactive pour mieux protéger les zones humides, incluant une veille et une identification en amont pour repérer les terrains présentant un intérêt remarquable, pouvant servir de zone naturelle d'expansion de crue ou s'inscrire dans une logique de désimperméabilisation.
Dans le domaine de l'assainissement, notamment pour les zones où le raccordement au tout-à-l'égout n'est pas possible, les Services Publics d'Assainissement Non Collectif (SPANC) jouent un rôle crucial dans le contrôle et le diagnostic des filières d'Assainissement Non Collectif (ANC). L'installation de systèmes d'assainissement individuels dans des zones humides, où la présence de nappes phréatiques hautes peut poser des contraintes, nécessite des solutions adaptées. Des technologies comme le procédé COMPACT'O® (filtration compacte sur massif de laine de roche) ou les cuves renforcées du système BIOROCK sont conçues pour résister aux conditions difficiles d'humidité du sol, garantissant une épuration efficace et une stabilité des installations. La pose de ces ouvrages requiert une expertise spécifique et des techniques adaptées, comme la réalisation d'une dalle de lestage et un remblayage soigné. Une entreprise expérimentée dans l'ANC est préférable pour garantir la réussite de ces travaux, qui peuvent nécessiter plusieurs jours pour une intégration et des finitions de qualité.
En conclusion, les zones humides, bien que souvent négligées, sont des piliers de notre environnement, offrant une biodiversité foisonnante et des services écosystémiques irremplaçables. Leur préservation et leur restauration sont des enjeux majeurs pour l'avenir de notre planète.
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