La qualité de l'air que nous respirons est un enjeu majeur de santé publique et environnemental. En France, un dispositif national de surveillance de la qualité de l'air, obligatoire depuis 1996, est mis en place pour mesurer, analyser et informer sur les niveaux de pollution atmosphérique. Ce système repose sur une organisation complexe impliquant plusieurs acteurs clés, des méthodes de mesure variées et des réglementations précises, visant à garantir un air plus sain pour tous.
La première étape cruciale dans la surveillance de la qualité de l'air réside dans la mesure des polluants atmosphériques. Cette mesure s'effectue via des appareils sophistiqués ou par le biais de prélèvements qui peuvent être actifs, c'est-à-dire réalisés par une personne, ou passifs, souvent automatiques. Les stations de mesure, qu'elles soient fixes ou mobiles, fonctionnent en continu, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Elles accueillent une diversité d'appareils d'analyse capables de quantifier les concentrations de polluants réglementés ou non.

Les stations mobiles jouent un rôle essentiel en permettant de mener des campagnes de mesures itinérantes et ciblées sur des territoires qui ne disposent pas de stations fixes. Chaque station, qu'elle soit fixe ou mobile, est équipée d'un ou plusieurs appareils de mesure, choisis en fonction des problématiques locales de pollution spécifiques. Lorsque les concentrations de polluants sont très inférieures aux valeurs réglementaires, ou lorsque les techniques automatiques ne sont pas disponibles, plusieurs types d'échantillonneurs peuvent être employés pour évaluer la qualité de l'air. Il s'agit notamment des mesures ponctuelles qui mettent en œuvre des techniques non automatiques. Ces dernières consistent en un prélèvement effectué sur site par une personne habilitée, suivi d'une analyse en laboratoire de cet échantillon.
Il est impératif de reconnaître que toute mesure comporte une part d'incertitude. Cette incertitude est intrinsèquement liée aux méthodologies utilisées et aux appareils de mesure. Elle est affectée au résultat de mesure et caractérise la qualité de ce résultat : plus l'incertitude associée au résultat est faible, plus le résultat est considéré comme fiable et précis.
Pour aller au-delà de la simple quantification, des outils innovants sont développés. Le Langage des Nez®, par exemple, s'appuie sur un référentiel chimique pour décrypter les émissions odorantes, à la source ou dans l'environnement. De même, SignalAir permet aux citoyens de déclarer non seulement des nuisances olfactives, mais aussi des nuisances auditives, visuelles et celles liées aux pollens. Grâce à ces signalements, il devient possible de visualiser en temps réel une carte des alertes, informations qui sont ensuite envoyées et analysées par les Associations Agréées de Surveillance de la Qualité de l'Air (AASQA) afin d'améliorer la connaissance des pollutions et de mettre en place les mesures nécessaires pour améliorer la qualité de l'air.
La surveillance de la qualité de l'air en France est un dispositif structuré et réglementé, dont l'objectif principal est d'informer les citoyens et les décideurs, de prioriser les actions et de sensibiliser le public. Ce dispositif national est encadré par des acteurs institutionnels bien définis, chacun ayant des missions spécifiques.
Le ministère en charge de l'environnement joue un rôle central en définissant les réglementations relatives à la surveillance des polluants atmosphériques. Il est responsable de la coordination de cette surveillance pour les polluants réglementés et publie chaque année un bilan national de la qualité de l'air. L'arrêté du 16 avril 2021 relatif au dispositif national de surveillance de la qualité de l'air précise les missions de chaque acteur et les prescriptions techniques applicables.
Le Laboratoire Central de Surveillance de la Qualité de l'Air (LCSQA), quant à lui, est chargé par le ministère de la coordination scientifique et technique de la surveillance de la qualité de l'air depuis le 1er janvier 2011. Il agit comme le laboratoire national de référence exigé par les directives européennes. Le LCSQA est un groupement d'intérêt scientifique regroupant l'Institut National de l'Environnement Industriel et des Risques (Ineris), le Laboratoire National de Métrologie et d'Essais (LNE) et l'Institut Mines-Télécom Nord Europe (IMT-NE). Ses missions comprennent la coordination scientifique et technique du dispositif national pour garantir la qualité des données, l'appui au rapportage des données auprès de la Commission européenne, le développement d’études et de connaissances, et le suivi du coût de la mise en œuvre de la surveillance. Le LCSQA s'est engagé dans un Contrat d'Objectifs et de Performance (COP) pour la période 2022-2026, visant à garantir un dispositif de surveillance fiable, réactif et anticipatif.
L'Ineris, dans le cadre du LCSQA, met à disposition du public les données de Geod'air, la base de données nationale de référence de la qualité de l'air, issues des mesures réglementaires effectuées par les AASQA. Geod'air offre un accès en temps quasi-réel aux statistiques de mesure de la qualité de l'air sur toute la France via une carte interactive, permettant de suivre l'évolution des concentrations, d'effectuer des comparaisons et d'exporter des données.

Les Associations Agréées de Surveillance de la Qualité de l'Air (AASQA) sont des associations loi 1901 agréées par le ministère en charge de l'environnement (et depuis 2020 par les préfets de région). Elles sont chargées de missions définies par le Code de l'environnement. Dans chaque région, les AASQA assurent la surveillance et l'évaluation de la qualité de l'air à l'aide d'un réseau de stations de mesures et d'outils de modélisation. Elles diffusent au public les informations et prévisions relatives à la qualité de l'air, transmettent aux préfets les informations sur les dépassements de seuils, réalisent l'inventaire régional spatialisé des émissions de polluants atmosphériques et évaluent l'impact des Plans de Protection de l'Atmosphère (PPA). Plus de 550 stations de mesure fixes surveillent la qualité de l'air sur l'ensemble du territoire français, principalement en zones urbaines.
Le système PREV'AIR, mis en place en 2003, génère et diffuse quotidiennement des prévisions et des cartographies de qualité de l'air basées sur des simulations numériques, en s'appuyant sur les données des AASQA et des cartes d'observation issues de mesures terrain. Coordonné par le ministère, il est développé et mis en œuvre par l'Ineris, le CNRS, Météo-France et l'Ademe. Les prévisions concernent principalement l'ozone, le dioxyde d'azote et les particules.
Enfin, Météo-France apporte son expertise météorologique au dispositif, notamment en fournissant des données et en participant au développement de modèles de chimie-transport (comme Mocage) utilisés pour les prévisions de qualité de l'air et la gestion des crises environnementales. L'organisation météorologique mondiale (OMM) a également confié à Météo-France la responsabilité de Centre Météorologique Régional Spécialisé (CMRS) pour les urgences environnementales, couvrant l'Europe et l'Afrique.
La surveillance de la qualité de l'air ambiant est particulièrement axée sur les polluants réglementés par le Code de l'environnement, issus notamment de la directive européenne 2024/2881. Ces polluants incluent :
Pour ces polluants, la directive européenne fixe des seuils d'évaluation qui permettent de graduer les moyens de surveillance à déployer en fonction des concentrations mesurées et des caractéristiques démographiques des zones. Les équipements et les sites de mesure des AASQA respectent des préconisations techniques communes définies par le LCSQA pour assurer une approche harmonisée des obligations nationales et européennes.
En plus de ces polluants réglementés, des études spécifiques sont menées pour évaluer la pollution due à d'autres composés qui suscitent des interrogations importantes, tels que les dioxines, les pesticides, ou encore les pollens et les moisissures. Ces derniers sont particulièrement pertinents dans le contexte des allergies respiratoires, qui touchent aujourd'hui un Français sur quatre.

La surveillance des pollens et des moisissures vise à informer les personnes allergiques et les professionnels de la santé sur les périodes d'émission et les concentrations de ces allergènes dans l'air. Ceci permet d'adapter les traitements et les comportements pour réduire les impacts sur la santé. Les organismes clés dans ce domaine sont le Réseau National de Surveillance Aérobiologique (RNSA), les AASQA lorsqu'elles participent à cette surveillance, et l'Association des Pollinariums Sentinelles de France (APSF). Le RNSA mesure les taux polliniques en France grâce à une cinquantaine de capteurs spécifiques et centralise les informations cliniques associées, permettant de déterminer le risque d'exposition allergique.
Pour informer le grand public de manière synthétique, un indice de qualité de l'air (IQA) est calculé chaque jour dans plus d'une centaine d'agglomérations françaises. L'indice Atmo, par exemple, est calculé à partir de la surveillance de quatre polluants principaux : le dioxyde d'azote, l'ozone, le dioxyde de soufre et les particules fines de type PM10. Cet indice permet de visualiser l'état de la qualité de l'air et sa tendance pour le lendemain, offrant une information accessible sur le niveau de pollution. La classification de l'indice varie généralement de "Bon" à "Dangereux", avec des niveaux intermédiaires indiquant des conditions acceptables, mauvaises pour les groupes sensibles, ou mauvaises pour l'ensemble de la population.
La mesure de la qualité de l'air en France fait appel à une variété de méthodes et de technologies, adaptées aux différents polluants et aux objectifs de surveillance.
On distingue plusieurs types de mesures :
La modélisation est une technique mathématique essentielle qui permet d'estimer les niveaux de concentrations de polluants en tout point d'un territoire donné, en fonction des objectifs de qualité des données fixés par les directives européennes. Elle peut être utilisée en complément des mesures fixes et/ou indicatives, seule ou accompagnée d'estimations objectives. Le système national de prévision et de cartographie de la qualité de l'air, PREV'AIR, en est un exemple concret, opérationnel depuis 2004. Il utilise des modèles de chimie-transport (comme CHIMERE et Mocage) développés par l'Ineris, le CNRS et Météo-France, pour calculer les concentrations et les retombées atmosphériques des principaux polluants sur plusieurs jours.
L'Ineris joue un rôle clé dans l'amélioration des connaissances sur la composition chimique des particules fines, y compris dans des microenvironnements spécifiques. L'Institut pilote le programme national de surveillance de la composition chimique des particules en milieu urbain (CARA), qui vise à documenter sur le long terme l'origine de ces particules et à améliorer les outils de modélisation.
La nouvelle directive européenne sur la qualité de l'air, adoptée en 2024, prévoit la mise en place de "super sites" équipés pour mesurer certains polluants actuellement non réglementés, afin d'acquérir des données et de mieux comprendre leurs effets sur la santé et l'environnement. Cela inclut des polluants comme le carbone suie, les particules ultrafines, et certains pesticides.
Les AASQA développent, en partenariat avec les acteurs locaux, l'expertise nécessaire à l'évaluation de certains aspects des politiques locales et régionales de gestion de l'air. Elles mettent en œuvre des modèles de prévision régionaux et des modèles adaptés au milieu urbain, notamment pour caractériser la pollution à proximité des voies de circulation. Le programme MERA (Mesure des Retombées Atmosphériques), coordonné par IMT Nord-Europe avec l'appui des AASQA, constitue la contribution française au dispositif européen de suivi des pollutions atmosphériques longue distance et transfrontières (EMEP). Ce programme vise à identifier et caractériser la part de la pollution à longue distance en réalisant des mesures dans des zones géographiques isolées de toute influence locale.
La réglementation sur la qualité de l'air en France s'articule autour de trois niveaux imbriqués : européen, national et local. L'objectif principal est de protéger la santé humaine et l'environnement.
Au niveau européen, la surveillance de la qualité de l'air est régie par la directive sur la qualité de l'air ambiant de 2024, en cours de transposition en France. Ce cadre est complété par des dispositions relatives à la réduction des émissions de polluants et de leurs précurseurs, notamment via la Convention sur le transport des polluants atmosphériques à longue distance (CLRTAP) de la Commission Économique pour l'Europe des Nations unies. Les directives européennes fixent des valeurs limites, des valeurs cibles et des objectifs de qualité.
Au niveau national, le Code de l'environnement et l'arrêté du 16 avril 2021 précisent les obligations et les missions des différents acteurs. La France s'est fixé des objectifs ambitieux, comme la réduction de l'exposition aux particules fines PM2,5. L'indicateur d'exposition moyenne (IEM) est un outil clé pour évaluer le respect de ces objectifs.
Les directives européennes, telles que la directive 2008/50/CE, fixent des valeurs limites et des objectifs de qualité pour les principaux polluants. Par exemple, pour les PM2,5, la directive fixe une valeur cible en moyenne annuelle de 25 µg/m³ et un objectif de réduction de l'exposition. La France s'est également fixé un objectif national de réduction de l'exposition pour les PM2,5, avec une valeur limite en moyenne annuelle de 10 µg/m³.
En dépit des améliorations constatées, des dépassements de seuils réglementaires de qualité de l'air fixés pour la protection de la santé humaine persistent, notamment pour le dioxyde d'azote. Le bilan de la qualité de l'air extérieur en France confirme que la qualité de l'air s'améliore globalement en lien avec la réduction des émissions de polluants, résultat de la mise en œuvre de stratégies et plans d'action dans divers secteurs d'activité.
La connaissance des émissions de polluants atmosphériques est fondamentale pour identifier les sources principales de pollution, définir les actions prioritaires de réduction, évaluer l'efficacité des politiques de lutte contre la pollution et alimenter les modèles de prévision de la qualité de l'air. Le système national d'inventaires des émissions de polluants atmosphériques permet d'estimer les émissions des principaux polluants et gaz à effet de serre par secteur d'activité, répondant ainsi aux obligations internationales et européennes. La réalisation technique de ces inventaires est déléguée au Citepa.

L'Inventaire National Spatialisé des Émissions de Polluants dans l'Air (INS) est mis à jour régulièrement pour améliorer les prévisions de pollution et répondre aux besoins des différents acteurs. Les AASQA réalisent également des inventaires régionaux spatialisés.
La surveillance de la qualité de l'air en France est un processus dynamique, en constante évolution pour s'adapter aux nouvelles connaissances scientifiques et aux exigences réglementaires. Le dispositif vise à améliorer continuellement la fiabilité et la réactivité de la surveillance, et à anticiper les besoins futurs.
Les défis incluent la surveillance de nouveaux polluants, l'intégration de dispositifs de mesure innovants comme les réseaux de capteurs à bas coûts et l'utilisation accrue des données satellitaires, ainsi que le renforcement de la compréhension des effets des polluants sur la santé et l'environnement. La directive européenne de 2024 marque une étape importante dans cette évolution, en encourageant le développement de nouvelles approches et la mesure de polluants émergents.
L'outil Vigilance Atmosphérique permet de visualiser sur une carte de France les départements où des épisodes de pollution sont en cours et les mesures préfectorales associées. Le service Recosanté, quant à lui, offre la possibilité de visualiser l'état de la qualité de l'air dans sa commune, facilitant l'accès aux données et aux recommandations pour limiter les effets sur la santé.
En somme, le dispositif national de surveillance de la qualité de l'air en France est un pilier essentiel de la politique environnementale et de santé publique du pays. Il repose sur une collaboration étroite entre institutions, une expertise scientifique reconnue et une volonté d'informer et de protéger les citoyens face aux enjeux de la pollution atmosphérique.
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