Les conditions météorologiques imprévisibles, caractérisées par des pluies abondantes et fréquentes, posent des défis considérables aux producteurs de foin et aux propriétaires de chevaux. Le report des dates de fauche et les fenêtres de séchage limitées compromettent inévitablement la qualité des fourrages, impactant négativement leur valeur nutritive et leur salubrité. Cet article explore en profondeur les causes, les conséquences et les solutions possibles pour gérer la problématique du foin humide, afin de préserver la santé et le bien-être de nos équidés.
Un foin est considéré comme insuffisamment séché lorsque son taux d'humidité dépasse les 14 %, ce qui correspond à une matière sèche inférieure à 86 %. Cette humidité excessive crée un environnement propice au développement de moisissures et de poussières. L'exposition prolongée à ces contaminants peut entraîner des problèmes respiratoires chez le cheval. De plus, la présence de mycotoxines, des composés toxiques produits par certaines moisissures, dans un foin humide peut avoir des répercussions graves sur la santé équine, allant de troubles hépatiques à des atteintes neurologiques et cérébrales dans les cas les plus sévères.
Plusieurs méthodes permettent de déterminer le taux d'humidité du foin. Un testeur électronique offre une mesure rapide et précise. Une analyse en laboratoire fournira des données détaillées sur la composition et la présence de contaminants. Enfin, une analyse visuelle et olfactive peut donner des indices précieux :

Il est crucial de noter qu'un foin excessivement humide présente un risque réel de surchauffe et peut, dans des cas extrêmes, mener à une combustion spontanée, déclenchant un incendie dévastateur. Ce phénomène, malheureusement rapporté chaque année, affecte de nombreuses exploitations agricoles et souligne l'importance d'une gestion rigoureuse du stockage du foin.
Lorsque les conditions météorologiques retardent la fauche, les agriculteurs sont souvent contraints de reporter cette opération essentielle, dans l'espoir d'une météo plus favorable. Cependant, chaque semaine de report a un impact direct sur la qualité nutritionnelle du fourrage. Une fauche tardive entraîne plusieurs conséquences négatives :
Face à ces constats, plusieurs stratégies peuvent être mises en place pour pallier les carences nutritionnelles et sanitaires d'un foin de qualité compromise :
Plusieurs approches permettent d'ajuster la ration pour compenser les faiblesses du foin :
La présence de poussière dans le foin est un facteur déterminant de problèmes respiratoires. Pour limiter son impact, même sur une courte période où il constitue le seul fourrage disponible :

Pour les chevaux souffrant de problèmes respiratoires chroniques, l'utilisation d'un "purificateur à foin" (hay steamer) peut être envisagée. Il est cependant primordial de s'assurer que ces appareils atteignent une température de 90°C au cœur de la balle pendant au moins 10 minutes pour une efficacité optimale. Des dispositifs "maison" peuvent ne pas atteindre cette température, risquant ainsi de favoriser la multiplication des bactéries pathogènes au lieu de contrôler les microbes et les particules. Les filets à foin sont à proscrire en cas de foin poussiéreux, car ils augmentent la concentration de particules en suspension et d'endotoxines dans l'air que le cheval respire.
Lorsque les conditions de récolte sont défavorables, certains producteurs optent pour le conditionnement du foin en balles enrobées de plastique. Cette méthode permet de récolter le foin à un taux d'humidité pouvant aller jusqu'à 50 %, la conservation étant assurée par une fermentation anaérobique qui abaisse le pH. Sur le marché, on trouve plus couramment des balles de foin "semi-sec" enrobées à environ 70 % de matière sèche.
L'utilisation de ce type de fourrage requiert des précautions accrues en raison du risque accru de botulisme, une maladie potentiellement mortelle :
Une autre solution pour conserver le foin récolté avec un taux d'humidité élevé (autour de 20 %) est l'application d'agents de conservation, tels que l'acide propionique. Des produits comme Solution Foin sont appliqués au moment de la mise en balle. L'acide propionique crée un environnement défavorable au développement des levures et des moisissures. Bien que sécuritaire pour les chevaux, l'odeur particulière de ces foins peut initialement réduire leur appétence. La majorité des chevaux s'habituent cependant progressivement à cette odeur.
Des dispositifs artisanaux, souvent conçus à partir de décolleuses à papier peint et de congélateurs, permettent de traiter le foin à la vapeur. Ce procédé, qui pasteurise le foin, vise à réduire les particules respirables, les bactéries et les moisissures. Les études sur les pertes nutritionnelles liées à ce traitement sont mitigées : certaines montrent une légère diminution de certains minéraux après 30 minutes de traitement, tandis que d'autres n'observent pas de perte significative de qualité nutritive, même après 80 minutes de traitement à la vapeur.
Le temps de traitement recommandé pour une efficacité optimale se situe autour de 3/4 d'heure, permettant au foin traité de se conserver jusqu'à 48 heures avant distribution. L'objectif est d'atteindre une température de pasteurisation, et non de stérilisation (qui nécessiterait des températures et pressions beaucoup plus élevées).
Il est important de noter que les dispositifs artisanaux peuvent présenter des défis, notamment en termes d'étanchéité des joints et de gestion de la condensation qui se forme dans le conteneur, pouvant rendre le fond humide et poussiéreux. Un nettoyage régulier de ces dispositifs est donc nécessaire.
Un stockage adéquat du foin est primordial pour prévenir la dégradation, la formation de moisissures, le développement de bactéries et, surtout, le risque d'incendie. Pour un stockage optimal, le foin doit être très sec. En dessous de 85% de matière sèche, l'humidité est trop élevée. Idéalement, la température au centre d'une grande balle de foin ne devrait pas dépasser 40 à 45°C, et au maximum 50°C. Un foin trop humide peut rapidement atteindre des températures de 80°C, voire plus, menant à une inflammation et un incendie. Il est donc essentiel de vérifier régulièrement l'état du foin, même s'il semblait initialement sec et de bonne qualité. Le stockage doit se faire dans un environnement sec, si possible à température contrôlée, avec un espace suffisant au-dessus du foin pour permettre l'évaporation de l'humidité.
Les mycotoxines sont des composés chimiques nocifs produits par des moisissures présentes dans le foin, l'ensilage et même les pâturages. Les conditions de stockage inappropriées et une récolte du foin dans des conditions d'humidité non optimales sont les principales causes d'intoxication aux mycotoxines chez les chevaux. La moisissure se développe rapidement dans un environnement propice, parfois en quelques heures seulement, en présence de chaleur et d'humidité.
Plus de 400 mycotoxines ont été identifiées, et des études révèlent que la majorité des échantillons en contiennent plusieurs, pouvant avoir un impact sur la santé animale même à faibles doses. Une trentaine de ces mycotoxines présentent des propriétés toxiques particulièrement préoccupantes. Les symptômes d'une intoxication aux mycotoxines peuvent être vagues et difficiles à diagnostiquer directement. En cas de suspicion, un échange avec un vétérinaire est indispensable. Il est également important de noter que tous les chevaux d'un groupe ne réagiront pas de la même manière à une contamination.
Le principal traitement en cas d'ingestion de mycotoxines consiste à cesser immédiatement l'alimentation avec le fourrage ou les céréales contaminés. La prévention passe par une vérification rigoureuse du foin et des céréales avant distribution pour détecter tout signe de moisissure. Des liants de mycotoxines, comme Mycosorb A+, peuvent être utilisés pour réduire l'absorption de ces toxines dans le tractus gastro-intestinal des chevaux.
En conclusion, la gestion du foin humide chez les chevaux exige une vigilance constante et une approche proactive. De la récolte au stockage, en passant par la distribution, chaque étape est cruciale pour garantir un fourrage de qualité, sain et nutritif, indispensable à la santé et au bien-être de nos compagnons équins. L'adaptation des rations, l'utilisation de méthodes de traitement alternatives et une attention particulière aux risques sanitaires sont les clés pour surmonter les défis posés par les conditions météorologiques défavorables.