Dans un contexte où l'isolation performante et la climatisation sont souvent mises en avant pour améliorer le confort de vie tout en limitant la consommation énergétique, il est crucial de ne pas négliger un aspect fondamental de notre environnement intérieur : la qualité de l'air. L'aération et la ventilation jouent un rôle essentiel dans l'assainissement de nos logements, et la cuisine, pièce centrale de nombreuses activités, mérite une attention particulière.

Il est important de distinguer aération et ventilation. L'aération consiste en une ouverture manuelle et brève des fenêtres et des portes en grand pour remplacer rapidement un volume d'air important. Dix à vingt minutes suffisent, idéalement le matin ou le soir pour éviter l'air pollué extérieur dans les zones urbaines. Cette durée peut être réduite à cinq ou dix minutes si un courant d'air est créé entre des fenêtres opposées. La ventilation, quant à elle, est un processus plus continu qui assure un renouvellement constant de l'air.
L'hygiène de notre environnement de vie est essentielle pour notre santé. Il est impératif d'évacuer une multitude de polluants présents dans l'air intérieur :
Ces éléments, souvent invisibles et difficiles à détecter, sont à l'origine d'irritations, d'allergies (qui touchent 25% de la population), de cancers ou de maladies infectieuses respiratoires.
Le renouvellement de l'air permet également d'éliminer l'excès d'humidité, une conséquence directe de l'activité humaine et animale. Le métabolisme humain dégage de 40 à 400 g/h d'eau, auxquels s'ajoutent l'usage de chauffages d'appoint, la cuisson avec une cuisinière à gaz (pouvant générer 100 à 400 g/h) ou encore le nettoyage (une douche chaude peut produire jusqu'à 2000 g/h). Une famille de quatre personnes peut ainsi produire près de 15 litres d'eau par jour rien qu'avec les activités courantes.
Cependant, il est indispensable de maintenir une humidité relative minimale de 30% pour éviter le dessèchement des muqueuses nasales et des lèvres. Une humidité excessive, en revanche, crée un milieu propice au développement de champignons et de bactéries, dégrade les caractéristiques mécaniques et l'esthétique du bâtiment (décollement des papiers peints) et allonge le temps de chauffe car l'enveloppe du bâtiment se gorge d'eau.

L'apport d'air neuf est également crucial pour le bon fonctionnement et la sécurité des appareils à combustion utilisés à l'intérieur. Cela concerne les appareils de type A (cuisinières à gaz non raccordées) et de type B (chauffages ou chauffe-eau raccordés mais non étanches avec évacuation extérieure) utilisant divers combustibles comme le bois, le charbon, le gaz, le pétrole, le bioéthanol, les pellets ou le fuel. L'oxygène contenu dans l'air neuf, appelé "air comburant", leur est indispensable pour fonctionner sans risque. En cas de manque d'air, un dégagement de monoxyde de carbone, potentiellement mortel, est à craindre. Des centaines de personnes sont intoxiquées et des dizaines décèdent chaque année en France à cause de cela. D'autres appareils comme les groupes électrogènes, barbecues, braseros ou moteurs de voitures et de bricolage utilisés en intérieur nécessitent également un apport d'air suffisant.
Jusqu'au milieu du 20ème siècle, la ventilation dans les habitations était principalement due au manque d'étanchéité des enveloppes de bâtiments, notamment les menuiseries et les conduits de cheminée. Cette ventilation naturelle avait pour inconvénients d'être incontrôlable, de générer des déperditions de chaleur et d'être hasardeuse, rendant impossible l'installation d'appareils combustibles.
Par la suite, l'aération par tirage thermique est apparue. Elle consistait en deux grilles (une basse pour l'entrée d'air frais et une haute pour la sortie d'air vicié, plus chaud et donc plus léger) dans chaque pièce ou dans les pièces de service. La circulation de l'air était régie par les écarts de température intérieure/extérieure et la différence de pression sous l'action du vent. Ses inconvénients majeurs étaient son caractère aléatoire, notamment en été où elle était inefficace car les températures intérieure et extérieure étaient égales, et ses pertes d'énergie en hiver car elle était trop puissante. Le contrôle des débits d'air renouvelés était également difficile. De plus, il fallait veiller à ne pas obstruer ces grilles par du mobilier ou une isolation extérieure.
L'aération naturelle générale et permanente fonctionne par balayage. Elle implique une grille d'entrée d'air dans les murs, caissons de volets roulants ou menuiseries des pièces dites "sèches", un détalonnage des portes de communication intérieure (espace entre la porte et le sol) de 2 cm, et une sortie naturelle par les pièces dites "humides", via des bouches à débit fixe complétées par un conduit vertical, ou à travers la paroi extérieure, potentiellement équipée de petits extracteurs mécaniques permanents.
Dès le 20ème siècle, la climatisation puis la Ventilation Mécanique Contrôlée (VMC) se sont développées. Le système à simple flux a été le premier à se généraliser. Son principe repose sur l'arrivée d'air frais par des entrées d'air situées dans les pièces sèches (séjour, salon, chambre, bureau). Cet air passe sous les portes de communication intérieures, qui doivent être détalonnées (10 mm pour les portes des pièces principales, 20 mm pour la porte de cuisine avec un seul accès) ou comporter une grille de transfert de 200 cm², pour atteindre les bouches d'extraction dans les pièces humides (cuisines, salles de bain, WC, buanderies). L'air vicié est ensuite expulsé à l'extérieur par des conduits à l'aide d'un caisson d'extraction. Un avantage supplémentaire de ce balayage est la diffusion rapide et homogène de la chaleur émise par convection par les radiateurs. Cependant, ce système fait entrer de l'air froid extérieur qui abaisse la température intérieure, et cet air n'est pas filtré.
Le système à double flux, plus récent, vise à limiter les pertes caloriques. L'air neuf entrant est réchauffé dans un échangeur par l'air vicié chaud évacué des pièces humides, permettant une récupération de calories allant jusqu'à 90%. L'échangeur peut être statique (à plaques) ou thermodynamique, offrant en plus un rafraîchissement grâce à un système de "bypass" qui permet de court-circuiter l'échangeur. Ce système élimine la sensation de courant d'air froid lors de l'insufflation de l'air et génère d'importantes économies d'énergie. Il s'agit d'un circuit fermé sans grilles d'aération sur les nouvelles fenêtres, mais les portes intérieures doivent toujours être détalonnées. Les avantages incluent la limitation des pertes acoustiques liées aux entrées d'air en façade, la possibilité de filtration de l'air entrant, et un meilleur esthétisme. Son inconvénient principal est sa moindre adaptation aux rénovations partielles, car un double flux nécessite un double réseau et un logement bien isolé ou ayant fait l'objet d'une rénovation thermique efficace pour être rentable. Il est conseillé de positionner la centrale et les conduits de soufflage dans le volume chauffé.
Les menuiseries, de par leur possibilité d'amener l'air frais, ont été intégrées aux systèmes de ventilation, particulièrement pour le fonctionnement en simple flux. Dans le cas d'un double flux, aucune entrée d'air n'est installée sur les nouvelles fenêtres, les circuits d'air froid et chaud étant gainés sur tout leur parcours.
Dans le cadre d'une rénovation, le menuisier joue un rôle clé dans l'amélioration de la perméabilité de l'enveloppe d'un bâtiment. Il est donc directement concerné par les problématiques d'aération et de ventilation. En tant que professionnel, et compte tenu de la réglementation en vigueur (notamment le DTU 68-3), il doit être force de conseil et de proposition lors de son diagnostic.

Les grilles d'entrée d'air sont généralement situées en partie haute des menuiseries (sur l'ouvrant, le dormant, le caisson de volet roulant, en linteau, ou en maçonnerie). Pour répondre aux exigences de performances acoustiques élevées face à une forte exposition au bruit, des entrées dites "acoustiques" sont disponibles. Elles sont définies par leur isolement acoustique normalisé exprimé en dB(A). Un système de chicane dans la grille et des mousses absorbantes sur les parois permettent de casser et de piéger le bruit.
Il existe plusieurs types de grilles :
Ces grilles doivent être positionnées en partie haute (au moins 1,80 m), axées sur la mortaise, principalement en applique sur le dormant ou l'ouvrant. L'auvent extérieur doit être dirigé vers le bas pour éviter l'infiltration d'eau et être bien étanche sur sa périphérie. Le déflecteur intérieur dirige l'air vers le plafond pour supprimer l'effet de courant d'air en le mélangeant d'abord à l'air ambiant.
Une méthode simplifiée pour choisir le débit d'une grille, en l'absence de calculs techniques complexes, consiste à positionner des entrées de 45 m³/h dans les chambres et 90 m³/h dans les séjours.
L'installation de grilles d'aération sur les fenêtres est désormais obligatoire, conformément à l'article 13 de l'arrêté du 22 mars 2017. Cette obligation concerne les pièces principales (hors pièces humides) de tout logement, neuf ou en rénovation, à l'exception des pièces dotées d'une ventilation double flux. Le dimensionnement des entrées d'air doit être adapté au volume du logement, au type de pièce et au système de chauffage.
Il existe des idées reçues persistantes sur la ventilation :

Une grille obstruée perd toute son efficacité. Avec le temps, les grilles d'aération accumulent poussière, saletés et résidus d'humidité. Un nettoyage régulier est donc nécessaire. Cela implique d'essuyer le capot et la grille à l'aide d'un chiffon humide et de vérifier que l'intérieur des conduits n'est pas obstrué. La poussière est l'ennemi numéro un des grilles de ventilation. Il est également crucial de s'assurer de l'état des joints des grilles pour éviter les infiltrations d'air non contrôlées et maintenir une bonne isolation thermique. Les joints défectueux doivent être remplacés par des modèles compatibles.
Une bonne isolation de votre logement doit impérativement aller de pair avec une ventilation adéquate. Indispensable à un air sain et confortable, l'aération de fenêtre est une obligation légale pour les propriétaires bailleurs et occupants. Les nouvelles menuiseries, plus étanches, rendent cette installation d'autant plus nécessaire pour assurer un renouvellement d'air continu et efficace, garantissant ainsi votre confort et votre santé. Le choix du type de grille (standard, autoréglable, hygroréglable, acoustique) dépendra de vos besoins spécifiques, de votre environnement et de l'usage de la pièce concernée.
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