La transition énergétique est un enjeu majeur pour la lutte contre le changement climatique et le renforcement de la souveraineté énergétique de la France. Dans cette optique, les énergies renouvelables jouent un rôle prépondérant, et la géothermie, en particulier la géothermie profonde, offre un potentiel considérable, même si son déploiement reste encore limité dans certaines régions comme la Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA). Cet article explore les mécanismes de la géothermie profonde, son application dans le contexte régional, les dispositifs d'accompagnement disponibles, et les étapes clés pour la réussite d'un projet.
La géothermie, dans son acception profonde, valorise l'énergie thermique contenue dans le sous-sol à des profondeurs variant généralement de 200 à 3 000 mètres. Contrairement à la géothermie de surface qui exploite la température plus stable des couches supérieures du sol (entre 10 et 20°C, variant de quelques mètres à 200 mètres de profondeur), la géothermie profonde puise dans des aquifères chauds situés à des niveaux plus importants.
Une installation type de géothermie profonde est généralement couplée à un réseau de chaleur urbain et repose sur un système appelé "doublet de forages". Ce dispositif comprend deux forages distincts :
Ce cycle permet une exploitation durable de la ressource, car le fluide est constamment renouvelé dans l'aquifère. En surface, la chaleur extraite du fluide géothermal est transférée, via un échangeur thermique, à l'eau du réseau de chaleur urbain. Cette eau chauffée alimente ensuite les bâtiments raccordés, qu'il s'agisse de logements, d'équipements publics ou d'entreprises, permettant ainsi de couvrir les besoins en chauffage. La taille moyenne d'un réseau de chaleur alimenté par géothermie profonde peut desservir entre 5 000 et 6 000 équivalents-logements.

L'un des avantages majeurs de la géothermie profonde est sa capacité à fonctionner en continu, indépendamment des conditions climatiques extérieures. Elle valorise l'énergie directement sur place, sans nécessiter de transport de combustible ni de processus de combustion, ce qui en fait une énergie propre, non émettrice de particules et sans impact sonore ou visuel significatif une fois l'installation en fonctionnement.
Le développement de projets de géothermie profonde est encadré par le code minier, qui régit les aspects liés à la réalisation et à l'exploitation de ces installations. Au-delà des considérations techniques, la sécurisation financière des projets est également un point crucial. Le fonds de garantie Géothermie pour les aquifères profonds, géré par la SAF-Environnement, a été mis en place pour anticiper et couvrir les risques géologiques potentiels qui pourraient être rencontrés lors de la réalisation de ces forages profonds.
Il est important de noter que le risque sismique, lorsqu'il existe, concerne exclusivement les projets de géothermie profonde de type EGS (Enhanced Geothermal System, ou "géothermie profonde des réservoirs fracturés"). Ce type de technologie, qui implique des profondeurs de forages généralement supérieures à 3 km, peut potentiellement induire une micro-sismicité. Cependant, les projets classiques de géothermie profonde, tels que ceux couplés aux réseaux de chaleur urbains, ne présentent pas ce risque.
Pour obtenir des informations neutres et objectives sur la géothermie et être accompagné dans la mise en œuvre d'un projet, le site institutionnel de référence geothermies.fr, développé par l'ADEME et le BRGM, constitue une ressource précieuse.
La région Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) dispose d'un potentiel significatif pour le développement de la géothermie, tant en surface qu'en profondeur. Des études menées par le BRGM, notamment un atlas et une étude de potentiel réalisés en 2013, ont démontré l'importance de la géothermie de surface (sur sondes ou sur nappe) dans la région. De plus, son littoral étendu est particulièrement propice au développement de la thalassothermie, qui valorise l'énergie thermique de l'eau de mer.

Actuellement, la France compte environ 80 installations de géothermie profonde, concentrées majoritairement en région parisienne. Aucune installation de ce type n'est encore recensée en région PACA, malgré le potentiel existant. Le projet Géoscan Arc vise à combler cette lacune en lançant une dynamique d'exploration du sous-sol sur un territoire de près de 1 000 km². Cette campagne scientifique globale combine diverses études géoscientifiques, dont l'acquisition de nouvelles données géophysiques par des camions vibreurs qui génèrent des ondes acoustiques pour imager le sous-sol. Les résultats intermédiaires, destinés aux professionnels, sont attendus dès le second semestre 2025.
L'utilisation de pompes à chaleur, qu'elles soient géothermiques ou aérothermiques, permet de chauffer en hiver et de rafraîchir en été avec des performances énergétiques élevées. L'usage de la géothermie est particulièrement pertinent pour les bâtiments collectifs et tertiaires ayant des besoins spécifiques, tels que les piscines municipales ou les établissements de soins et de santé.
Les communes et les collectivités sont des acteurs clés dans la mise en œuvre de la loi relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables. Elles ont un rôle majeur à jouer dans le développement des filières énergétiques nécessaires à la lutte contre le changement climatique et au renforcement de la souveraineté énergétique.
Pour ce faire, les collectivités peuvent :
L'ADEME (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie) joue un rôle central dans l'accompagnement des projets d'énergies renouvelables, y compris la géothermie. Le cadre d'intervention régional chaleur et froid renouvelable vise à soutenir l'amorçage et la réalisation de ces projets. L'ADEME, via son Fonds Chaleur, peut apporter une aide financière pour la réalisation des études préalables à un projet de géothermie de surface, de thalassothermie ou d'aérothermie. Elle propose également des trames de cahier des charges pour les prestations d'AMO, la réalisation de Tests de Réponse Thermique du sous-sol (TRT), ou des études de faisabilité.
Les aides financières octroyées par l'ADEME et les Régions ne sont pas systématiques. Elles sont évaluées sur la base d'une analyse de la rentabilité prévisionnelle des projets, de leur qualité technique et environnementale, de leur modèle économique et du temps de retour sur investissement. Le porteur de projet doit démontrer l'impact de l'intervention publique sur ces indicateurs.
L'ADEME encourage les porteurs de projet à adopter une démarche "EnR'Choix", qui privilégie la sobriété énergétique, la mutualisation des moyens de production et la mobilisation prioritaire de certaines énergies renouvelables et de récupération (EnR&R). Avant d'investir dans une installation de chaleur renouvelable, il est ainsi demandé de prendre en compte :
La biomasse, bien qu'abondante, est une ressource limitée. Son utilisation doit être optimisée, notamment pour les besoins à haute température (> 90/100 °C) ou lorsque d'autres énergies locales ne peuvent satisfaire le besoin.
La réussite d'un projet de géothermie profonde repose sur une planification rigoureuse et la maîtrise de chaque étape. Bien que le texte fourni se concentre davantage sur la géothermie de surface et l'accompagnement ADEME, les principes généraux de développement d'un projet de géothermie profonde impliquent :

Opter pour la géothermie, qu'elle soit de surface ou profonde, présente de nombreux avantages pour les collectivités, les industriels et les acteurs privés :
Malgré ses nombreux atouts, le déploiement de la géothermie, en particulier la géothermie profonde, fait face à certains défis :
Pour les projets de pompes à chaleur géothermiques ou aérothermiques, l'aide financière est conditionnée au recours à des prestataires certifiés RGE Études ou équivalents. Le Test de Réponse Thermique (TRT) du sous-sol, finançable sous certaines conditions, permet de caractériser les propriétés thermiques des terrains et des sondes géothermiques. Le forage de reconnaissance sur nappe, également finançable, permet de caractériser les formations géologiques et les propriétés hydrogéologiques de la nappe.
L'ADEME, à travers ses directions régionales, met en place des relais locaux pour accompagner les acteurs territoriaux dans le développement de la géothermie de surface. Ces initiatives, souvent matérialisées par des journées d'échanges avec des experts et des retours d'expérience, visent à faire émerger de nouveaux projets et à renforcer la sensibilisation aux bénéfices de cette énergie renouvelable. Les dispositifs "Coup de pouce Chauffage" et les Certificats d'Économie d'Énergie (CEE) peuvent également contribuer au financement de l'installation de pompes à chaleur géothermiques. L'ADEME propose également un appel à projets de recherche sur les énergies durables et soutient la réalisation de groupes de projets "Énergies nouvelles renouvelables et de récupération" dans le cadre de contrats chaleur renouvelable.
En conclusion, la géothermie, qu'elle soit de surface ou profonde, représente une solution énergétique d'avenir, particulièrement pertinente pour les territoires comme la Provence-Alpes-Côte d'Azur. Si des défis subsistent, notamment en termes d'investissement initial et de sensibilisation, les bénéfices environnementaux, économiques et stratégiques qu'elle procure en font une voie incontournable pour atteindre les objectifs de la transition énergétique. L'accompagnement des collectivités, des industriels et des bureaux d'études par des acteurs comme l'ADEME et les Régions est essentiel pour concrétiser le potentiel de cette énergie propre et locale.
tags: #ademe #paca #geothermie