La France s'appuie sur des forces spécialisées pour assurer le maintien et le rétablissement de l'ordre public, intervenir en cas de crise et renforcer la sécurité générale. Parmi elles, les forces mobiles d'intervention et de coordination intérieure, bien que souvent confondues dans l'opinion publique, représentent des piliers essentiels de la stratégie sécuritaire nationale. Ces unités, qu'elles appartiennent à la Gendarmerie Nationale ou à la Police Nationale, sont conçues pour être déployées rapidement sur l'ensemble du territoire, y compris outre-mer, et pour faire face à des situations complexes nécessitant une expertise spécifique. Comprendre leur rôle, leur organisation et leur évolution historique permet d'appréhender la profondeur et la réactivité du dispositif de sécurité français.
L'histoire des forces mobiles remonte bien avant leur forme actuelle. Dès le XVIIIe et XIXe siècle, le terme "mobile" était utilisé pour qualifier des unités de gendarmerie éphémères, créées pour répondre à des crises ponctuelles. Avant l'émergence d'unités permanentes, la France s'appuyait sur des "troupes supplétives" de gendarmerie, composées de gendarmes prélevés dans les brigades départementales. Ces unités temporaires manquaient de formation spécifique au maintien de l'ordre et leur absence désorganisait le service courant. Le recours à l'armée pour soutenir la police ou la gendarmerie lors de mouvements sociaux était fréquent, mais pouvait entraîner des situations imprévues, allant de la fraternisation à l'usage excessif de la force.
Le besoin d'une force spécialisée et permanente se fait sentir, et c'est en 1921 que sont créés les premiers pelotons mobiles de gendarmerie au sein de la gendarmerie départementale. Cinq ans plus tard, en 1926, ces pelotons prennent l'appellation de Garde Républicaine Mobile (GRM), devenant une subdivision de la Gendarmerie Nationale en 1927. Pendant la période d'avant-guerre, la GRM devient la principale force spécialisée dans le maintien de l'ordre, développant et perfectionnant des principes fondamentaux tels que la canalisation des foules, la limitation de l'usage de la violence et la préservation d'une voie de sortie pour les manifestants.
Parallèlement, durant la Seconde Guerre mondiale, la Police Nationale développe également ses propres unités mobiles : les Groupes Mobiles de Réserve (GMR), qui seront remplacés en 1944 par les Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS). C'est à cette époque que la confusion entre les forces de gendarmerie mobile et les CRS commence à s'installer, une confusion qui perdure encore aujourd'hui malgré leurs différences statutaires et organiques.
La période de l'après-guerre voit une évolution significative des missions et des doctrines. Les leçons tirées des événements de Mai 68 et des crises de la fin du XXe siècle conduisent à une modernisation des tactiques et des équipements des forces mobiles. C'est dans ce contexte que, dans les années 1970, des unités spécialisées émergent au sein de la gendarmerie, comme l'escadron parachutiste et l'équipe commando régionale d'intervention (ECRI), qui donneront naissance au Groupe d'Intervention de la Gendarmerie Nationale (GIGN).

Au sein de la Gendarmerie Nationale, la gendarmerie mobile est affectueusement surnommée "la jaune", en référence à la couleur dorée de ses galons, historiquement associée aux armes à pied. Cette subdivision d'arme de la Gendarmerie Nationale est spécialisée dans le maintien ou le rétablissement de l'ordre public. Ses missions quotidiennes l'amènent à participer à la sécurité publique générale, en collaboration étroite avec la gendarmerie départementale. Sa caractéristique principale est sa mobilité : elle est constituée d'unités capables d'intervenir sur l'ensemble du territoire français, métropolitain comme outre-mer, et également en opérations extérieures (OPEX).
Historiquement, l'accès à certains métiers au sein de la gendarmerie mobile était restreint pour les femmes, à l'exception des emplois d'officiers. Cette situation a évolué, et aujourd'hui, la mixité est une réalité au sein de ces unités.
L'organisation de la gendarmerie mobile se caractérise par une structure décentralisée. Il n'existe pas de direction spécifique à la gendarmerie mobile au sein de la Direction Générale de la Gendarmerie Nationale (DGGN), mais plutôt une sous-direction fonctionnelle dédiée à la défense, à l'ordre public et à la protection. L'unité de base est l'escadron, regroupé au sein de 18 groupements de gendarmerie mobile, dont un groupement blindé basé à Versailles-Satory. Un groupement peut comprendre entre 4 et 11 escadrons.
Un escadron, l'unité opérationnelle fondamentale, peut être déployé à effectif plein (quatre pelotons) ou réduit (trois pelotons) selon les besoins du maintien de l'ordre. Dans le cadre de son assistance à la gendarmerie départementale, l'escadron peut former des détachements de tailles variées, tels que des pelotons ou des Détachements de Surveillance et d'Intervention (DSI). Sur le terrain, un escadron typique se compose d'un groupe de commandement et de trois ou quatre pelotons de seize gendarmes chacun. Lorsque plusieurs escadrons doivent intervenir de manière coordonnée, ils sont regroupés en Groupement Tactique (de) Gendarmerie (GTG), commandé par un officier supérieur. Pour les situations de crise exigeant une grande réactivité et l'utilisation de moyens spécifiques, un Dispositif d'Intervention Augmenté de Gendarmerie (DIAG) peut être constitué, sous le commandement d'un GTG.
Le parc de véhicules de la gendarmerie mobile est en constante modernisation. Les véhicules de transport de groupe (VTGGM) sont remplacés par des véhicules de mobilité de groupe (VMG) et des véhicules de mobilité d'équipe (VME). Des véhicules de commandement et de transmissions (VCT) sont également en cours de renouvellement. Pour des opérations spécifiques, la gendarmerie mobile peut recourir à des moyens spéciaux tels que des quads, des véhicules blindés, des véhicules équipés de caméras et de capteurs, ou encore des TRM 2000 équipés de dispositifs de retenue du public. Le Groupement blindé de gendarmerie mobile et certains escadrons provinciaux disposent de blindés VIPG Centaure, utilisés pour des missions nationales comme la protection et la lutte NRBC (Nucléaire, Radiologique, Bactériologique et Chimique).

Les CRS, créées en 1944, constituent l'autre branche majeure des forces mobiles d'intervention en France. Relevant de la Direction Générale de la Police Nationale (DGPN), elles sont souvent confondues avec la gendarmerie mobile, bien qu'elles soient composées de fonctionnaires de police et non de militaires. Les CRS interviennent principalement en milieu urbain et leur mission couvre un large spectre : maintien et rétablissement de l'ordre, lutte contre la délinquance et le terrorisme, lutte contre l'immigration irrégulière, protection de lieux et de personnes, interpellations et évacuations.
L'organisation des CRS est structurée en compagnies de service général, complétées par des compagnies spécialisées (montagne, autoroutières, unités motocyclistes, protection des personnalités). Chaque compagnie est divisée en sections : deux sections d'appui et de manœuvre (SAM) et deux sections de protection et intervention (SPI). Ces sections sont elles-mêmes organisées en groupes tactiques.
Les CRS sont facilement identifiables par leurs casques ornés de bandes jaunes, une tradition qui remonte à 1968, visant à distinguer ces unités et à éviter toute confusion avec d'autres forces de l'ordre. Leur équipement comprend des protections individuelles (gilets pare-balles, protections pour bras et jambes, boucliers), ainsi que des moyens de dispersion comme les grenades lacrymogènes, les lanceurs de balles de défense (LBD) et les canons à eau. Ils peuvent également être dotés d'armes de force intermédiaire et d'armes à feu.

La doctrine d'emploi des forces mobiles a considérablement évolué, notamment sous l'impulsion de la loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure (LOPSI) de 2002. Cette loi a favorisé une déconcentration de l'emploi, conciliant les exigences de sécurité générale avec celles du maintien de l'ordre. Le préfet de zone de défense est devenu l'autorité d'emploi des unités disponibles implantées dans son ressort.
Cependant, la coordination des forces mobiles à l'échelle nationale reste cruciale. L'Unité de Coordination des Forces Mobiles (UCFM), placée sous la double autorité des directeurs généraux de la Police et de la Gendarmerie Nationales, joue un rôle central. Elle est chargée de déterminer les unités (EGM ou CRS) à engager dans des missions nationales et d'accorder des renforts aux préfets de zone lorsque les opérations requièrent un volume de forces supérieur à leurs ressources locales. Initialement modeste, l'UCFM a été renforcée en 2015 et 2016, avec un effectif doublé et des règles de fonctionnement clarifiées, témoignant de son importance croissante dans la gestion des crises.
Le schéma national du maintien de l'ordre (2021) vise à améliorer les relations entre les forces de sécurité et les organisateurs de manifestations, à favoriser la désescalade, à encadrer l'usage des armes de force intermédiaire et à mieux prendre en compte la présence des journalistes. Malgré ces évolutions, les règles d'emploi et de répartition des forces mobiles n'ont pas fondamentalement changé, et l'UCFM continue d'analyser les demandes et de proposer les affectations.
Les forces mobiles ne se limitent pas au maintien de l'ordre. Elles sont également engagées dans une multitude de missions qui témoignent de leur polyvalence et de leur importance stratégique.
La gendarmerie mobile est régulièrement déployée en opérations extérieures (OPEX) aux côtés de l'armée, ainsi que dans les départements et territoires d'outre-mer. Cette présence outre-mer, qui s'étend à des missions complexes comme la lutte contre l'orpaillage clandestin en Guyane, souligne leur rusticité et leur capacité à opérer dans des environnements exigeants. Si les CRS ont historiquement eu une présence outre-mer, celle-ci a diminué, tandis que la gendarmerie mobile maintient une présence significative, déployant environ 20% de ses effectifs en permanence dans ces territoires.
Le Groupement Blindé de Gendarmerie Mobile (GBGM) de Versailles-Satory, outre ses missions traditionnelles, assure des fonctions nationales spécifiques, notamment l'emploi des blindés, la protection et la lutte NRBC, ainsi que d'autres missions spécialisées lors de services de maintien de l'ordre. Sa cellule NRBC peut intervenir de manière autonome ou en soutien des autres moyens NRBC de la gendarmerie.
La formation des unités de gendarmerie mobile s'effectue au Centre National d'Entraînement des Forces de Gendarmerie (CNEFG) à Saint-Astier, où elles se perfectionnent aux techniques du maintien de l'ordre.
Les forces mobiles font face à des défis constants. L'intensification et la fréquence croissante des épisodes de maintien de l'ordre, ainsi que la radicalisation de certaines franges protestataires, accentuent la nécessité de disposer de troupes spécialement formées. Les unités de force mobile sont soumises à un emploi intense, avec des pics d'activité marqués par des événements sociaux majeurs comme les mouvements des "gilets jaunes", les réformes sociales ou les émeutes urbaines.
Parallèlement, ces unités assurent des missions permanentes qui s'éloignent parfois de leurs compétences premières, telles que les gardes statiques ou la lutte contre l'immigration clandestine. Ce sur-emploi, couplé aux réductions d'effectifs résultant de politiques de rationalisation, comme la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP), soulève des questions quant à la doctrine d'emploi et à la capacité opérationnelle à long terme.
La Cour des Comptes, dans ses rapports, a souligné cette tendance à l'emploi croissant et intensif des forces mobiles, tout en constatant une diminution de leurs effectifs. Elle recommande de recentrer ces unités sur leurs missions prioritaires et de renforcer les unités existantes pour qu'elles soient pleinement capables d'intervenir, tout en prônant une plus grande "sécabilité" des forces, c'est-à-dire la capacité à moduler leur déploiement.
La question de la formation, des équipements, de la doctrine d'emploi, et de la coordination entre les différentes composantes de la sécurité intérieure reste au cœur des préoccupations pour garantir une réponse efficace et adaptée aux enjeux de sécurité contemporains. L'évolution constante du contexte social et sécuritaire impose une adaptation permanente des forces mobiles, piliers indispensables de la stabilité et de la sécurité en France.

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