draft
DraftBooster logo

La Terre, notre planète, est un réservoir de chaleur immense, une conséquence directe de sa formation et de la désintégration radioactive des éléments qui la composent. Cette chaleur interne, bien que souvent éclipsée par l'énergie solaire qui baigne notre surface, représente une source d'énergie potentiellement considérable, exploitable par l'homme sous forme de géothermie. Comprendre le "soleil géothermique" implique d'appréhender les mécanismes de production de cette chaleur, sa propagation à travers les couches terrestres, et les diverses méthodes d'exploitation que nous développons pour en tirer parti.

Les Origines de la Chaleur Terrestre

La chaleur interne de la Terre n'est pas une entité monolithique, mais le résultat de plusieurs processus. La source principale, représentant environ 80 à 90% de cette énergie, provient de la désintégration radioactive des isotopes lourds contenus dans les roches. Des éléments tels que l'uranium 235 et 238, le thorium 232, et le potassium 40, présents en quantités massives dans la croûte terrestre et le manteau, subissent une fission nucléaire spontanée. Ces désintégrations libèrent un rayonnement et une quantité significative d'énergie thermique. Il est estimé que les quantités d'uranium et de thorium dans la croûte et le manteau terrestre se chiffrent en centaines de milliers de milliards de tonnes, alimentant ainsi un processus continu de production de chaleur. Le physicien britannique Lord Kelvin, au XIXe siècle, avait calculé l'âge de la Terre en se basant sur le flux de chaleur émergeant du sol, estimant qu'il ne pouvait excéder 100 millions d'années, une estimation qui a depuis été largement révisée grâce à une meilleure compréhension des processus internes.

Une partie plus faible de cette chaleur, représentant 10% environ, est un reliquat de la chaleur initiale de formation de la Terre, il y a 4,5 milliards d'années. Cette chaleur primordiale s'est accumulée lors de la formation de la planète par accrétion et différenciation des matériaux.

Schéma des couches internes de la Terre

Le Gradient Géothermique : Une Température Croissante avec la Profondeur

La température au sein de la Terre augmente inexorablement avec la profondeur. Ce phénomène est décrit par le "gradient géothermique". En moyenne, en France, ce gradient est d'environ 31°C par kilomètre. Cependant, cette valeur est loin d'être uniforme. Par exemple, en Alsace, le gradient peut atteindre 110°C par kilomètre dans le premier kilomètre, tandis que dans la région de Rennes, il n'est que de 12°C par kilomètre. Cette variabilité est intrinsèquement liée au contexte géodynamique local. La croûte terrestre, épaisse de 30 à 70 km pour les continents et de 5 à 10 km pour les planchers océaniques, s'échauffe en moyenne de 3 à 4°C par 100 mètres de profondeur. Dans les zones de fractures de l'écorce, comme les régions volcaniques ou les zones de rift, cet échauffement peut être nettement supérieur, dépassant les 10°C par 100 mètres.

Le flux thermique en un point donné est le résultat de la multiplication de la conductivité thermique des roches par ce gradient thermique. Il est donc variable suivant le contexte géodynamique. Par exemple, le flux thermique est modéré dans les océans, mais il est considérablement plus fort le long des dorsales océaniques, là où la lithosphère se forme. Il est également modéré dans certains bassins sédimentaires, où l'accumulation de sédiments sur de grandes épaisseurs, jusqu'à 3000 mètres, comme dans le Bassin Parisien et le Bassin Aquitain en France, peut influencer localement la température.

Transferts Thermiques : Conduction et Convection

Deux mécanismes principaux régissent le transfert de la chaleur à travers la Terre : la conduction et la convection. La conduction est un transfert de chaleur de proche en proche, sans déplacement de matière. C'est le mode de transfert dominant dans la lithosphère, une couche solide et peu conductrice. À l'inverse, la convection est un transfert de chaleur par déplacement des matériaux. La matière chaude, moins dense, a tendance à s'élever, tandis que la matière plus froide et plus dense descend. Ces échanges de matière à grande échelle, identifiés par tomographie sismique, forment des cellules de convection au sein du manteau terrestre. Ces mouvements sont particulièrement importants dans le manteau supérieur, une zone plastique et liquide sur laquelle flotte la lithosphère. La tomographie sismique, en analysant les vitesses de propagation des ondes sismiques, permet d'établir des "coupes" du globe terrestre et de visualiser les zones anormalement chaudes, souvent associées à des panaches mantelliques initiés en profondeur. Ces panaches, qui sont à l'origine du magmatisme de point chaud, dissipent de l'énergie thermique par convection.

Le transfert par convection est beaucoup plus efficace que la conduction. À l'échelle globale, le flux thermique est fort dans les dorsales océaniques, associé à la production de lithosphère nouvelle. Inversement, les zones de subduction, où la lithosphère âgée et dense plonge, présentent un flux thermique plus faible. La chaleur terrestre se dissipe ainsi très progressivement à travers les mouvements de convection dans le manteau et de conduction dans la lithosphère.

Représentation schématique des cellules de convection dans le manteau terrestre

L'Exploitation de la Chaleur Terrestre : La Géothermie

L'homme a appris à exploiter cette chaleur interne pour ses besoins énergétiques, donnant naissance à la géothermie. L'énergie géothermique utilisable par l'homme est variable d'un endroit à l'autre, dépendant de la profondeur et du gradient thermique local. Le flux géothermique, mesuré en W/m², représente l'énergie dissipée par la surface terrestre et provient des profondeurs de la Terre. Globalement, la Terre émet environ 4,2 x 10¹³ Watts à sa surface.

On distingue plusieurs types de géothermie, basés sur la profondeur d'exploitation et la température des ressources :

  • La géothermie profonde à haute énergie : Elle opère à des profondeurs de 2 500 mètres et plus, dans des zones au gradient géothermal anormalement élevé, où les températures peuvent atteindre 150 à 250°C. Cette ressource est principalement utilisée pour la production d'électricité, en utilisant la vapeur sous haute pression pour entraîner des turbines. Les techniques d'exploration et d'exploitation sont similaires à celles utilisées dans l'industrie pétrolière, privilégiant les zones de failles ou de rift en bordure de plaques. La production d'électricité géothermique a débuté en Italie en 1904. Les pays les plus productifs se situent dans des régions volcaniques aux frontières des plaques, comme les États-Unis, l'Indonésie, la Turquie, les Philippines et la Nouvelle-Zélande.

  • La géothermie moyenne à basse énergie : Elle cible les aquifères dont les températures varient de 30 à 150°C. Bien qu'inadaptée à la production électrique directe, cette chaleur est utilisable pour le chauffage urbain via des réseaux de chaleur géothermique. En France, des régions comme l'Aquitaine et l'Île-de-France ont développé cette filière, chauffant près de 200 000 logements. De nombreux bassins sédimentaires possèdent des ressources adaptées, encore peu exploitées.

  • La géothermie à très basse énergie : Elle exploite la chaleur superficielle du sol, généralement entre 10 et 100 mètres de profondeur, où la température est stable autour de 15°C grâce à l'apport combiné de la chaleur terrestre et de l'énergie solaire stockée dans le sol. Cette chaleur est extraite par des pompes à chaleur (PAC) couplées à des capteurs, et est adaptée au chauffage et à la climatisation des logements individuels.

Carte des potentiels géothermiques en France

Le Mur Géothermique et les Panneaux Solaires Thermiques : Un Duo Performant

Dans le domaine du chauffage des bâtiments, des solutions innovantes combinent la géothermie avec l'énergie solaire. Le "mur géothermique" est un système préfabriqué de tuyaux qui s'installent verticalement dans une tranchée, constituant une solution économique et rapide. Il est souvent associé à des panneaux solaires thermiques de type non vitrés. Ces panneaux sont conçus pour éviter les surchauffes estivales, réduire les coûts et faciliter l'installation.

Le mode de fonctionnement de cette combinaison est ingénieux. Les panneaux solaires thermiques sont branchés sur un by-pass du circuit de la pompe à chaleur (PAC) géothermique, qui alimente les murs géothermiques. Le fluide est ainsi préchauffé par le soleil avant d'atteindre la PAC. Ce système permet de capter des calories même sans soleil direct ou la nuit, lorsque la température atmosphérique est supérieure à celle du fluide, grâce au principe du "Delta T". L'utilisation d'une pompe à chaleur géothermique de type INVERTER est primordiale pour maximiser le temps de fonctionnement et optimiser le rendement global du système.

Pompe à chaleur géothermique par rapport à aérothermique

La Géothermie dans le Mix Énergétique Mondial et Français

La géothermie, bien que représentant une source d'énergie propre et renouvelable, reste encore marginale dans le mix énergétique mondial. La consommation d'énergie géothermale a avoisiné 5 exajoules (EJ) en 2023, soit environ 0,8% de la demande mondiale. Environ un cinquième de cette énergie est consommée sous forme d'électricité, le reste (79%) l'étant directement sous forme de chaleur. Les capacités électriques installées atteignaient près de 15 GW en 2023. En France, la géothermie est représentée par deux centrales électriques en service (Bouillante en Guadeloupe et Soultz-sous-Forêts en Alsace) et contribue à 5,5% du mix énergétique des réseaux de chaleur, notamment dans les régions Aquitaine et Île-de-France.

L'exploitation de la géothermie, notamment la géothermie profonde, nécessite des investissements substantiels et une connaissance approfondie du sous-sol. Les fracturations hydrauliques profondes, bien que permettant d'exploiter des réservoirs plus chauds, peuvent présenter des risques sismiques. L'exploration de nouveaux horizons, comme la géothermie offshore ou l'exploitation d'anciens puits de pétrole et de gaz, ouvre de nouvelles perspectives. En France, l'extraction de lithium concomitamment à l'exploitation de la géothermie suscite un vif intérêt en Alsace.

Un Potentiel Immense et un Avenir Prometteur

La chaleur terrestre, bien que souvent négligée, est une source d'énergie quasi inépuisable, omniprésente, stable et propre. Son faible accessibilité et les coûts d'exploitation ont jusqu'à présent limité son emploi à grande échelle. Cependant, avec la raréfaction des ressources fossiles et la nécessité impérieuse de réduire notre empreinte carbone, la géothermie se positionne comme une alternative clé pour la production de chaleur et, dans les zones géologiquement privilégiées, d'électricité.

Le potentiel géothermique mondial des aquifères sédimentaires est estimé à environ 320 TW, un chiffre colossal qui pourrait répondre aux besoins des réseaux de chauffage urbain actuellement alimentés par des combustibles fossiles. L'avenir de la géothermie à très basse énergie, grâce aux progrès des pompes à chaleur, est particulièrement prometteur pour le chauffage domestique. Au-delà, l'accessibilité à la chaleur profonde déterminera l'ampleur du développement de cette énergie. Les solutions viendront probablement de ceux qui maîtrisent les technologies de forage, ouvrant la voie à une exploitation plus généralisée de cette force cachée sous nos pieds. Combiner la géothermie avec le solaire thermique, comme dans le cas des murs géothermiques, permet de maximiser l'efficacité énergétique, de réduire la dépendance aux énergies fossiles et d'assurer un confort thermique stable toute l'année.

Si la Terre n'était chauffée que par le soleil, sa température moyenne serait de -18°C, en faisant une boule de glace. Heureusement, la chaleur interne, issue de la radioactivité et de la chaleur primordiale, maintient notre planète dans une température clémente, propice à la vie. L'énergie géothermique# La Chaleur Profonde de la Terre : Un Potentiel Énergétique Géothermique et Solaire

L'exploration du potentiel énergétique de notre planète révèle une source de chaleur interne considérable, dont l'exploitation, combinée à l'énergie solaire, offre des perspectives prometteuses pour l'avenir. La géothermie, science étudiant la chaleur terrestre, et le solaire thermique, capturant le rayonnement du soleil, constituent deux piliers d'une transition énergétique durable. Comprendre la proportion et l'interaction de ces deux sources est essentiel pour optimiser leur utilisation. La température de l'eau, par exemple, est très chaude à 1 km de profondeur dans certaines régions, alors qu'à Marseille, il faut atteindre 5 km de profondeur pour avoir les mêmes températures. Ainsi, dans l'écorce terrestre, la température augmente avec la profondeur suivant un gradient géothermique. Ce gradient est variable d’une région géologique à une autre. L'homme extrait ces fluides pour exploiter cette énergie.

Les Fondements de la Chaleur Terrestre : Origines et Transferts

Au cœur de notre planète réside une formidable usine thermique. La chaleur terrestre se dissipe très progressivement, constituant un flux géothermique qui atteint la surface en provenance des profondeurs de la Terre. L'énergie thermique provenant de l'intérieur de notre planète et émergeant du sol serait estimée à 46 mille milliards de watts (46 TW ou terawatts). Cette chaleur interne a deux origines principales :

  • La désintégration radioactive (environ 80-90%) : Une part prépondérante, estimée à 90% selon certaines sources, provient de la désintégration des éléments radioactifs contenus dans les roches, notamment la croûte terrestre et le manteau. Les isotopes clés incluent l'uranium 235 et 238, le thorium 232 et le potassium 40. Les noyaux de ces atomes sont capables de se fragmenter spontanément (fission nucléaire), produisant un rayonnement et une énergie thermique. Cette radioactivité a contribué à donner à la Terre son aspect de planète bleue et hospitalière, en l’empêchant de refroidir et en favorisant le maintien de la vie. Elle agit comme une bouillotte quasi éternelle, freinant le refroidissement terrestre.
  • La chaleur primordiale (environ 10%) : Le reste, soit environ 10%, est le reliquat de la chaleur de formation initiale de la Terre, il y a 4,5 milliards d’années.

Ces sources internes génèrent une chaleur qui se transfère vers la surface par deux mécanismes fondamentaux :

  • La conduction : Il s’agit d’un transfert de chaleur de proche en proche, sans déplacement de matière. C'est le mécanisme dominant dans les couches rocheuses solides de la croûte terrestre. L'écorce terrestre est solide et peu conductrice. À sa base, elle flotte sur le manteau supérieur liquide très chaud (1 000 - 1 200°C).
  • La convection : Ce mécanisme correspond à un transfert de chaleur par déplacement des matériaux. La matière chaude, moins dense, a tendance à s’élever, tandis que la matière froide, plus dense, descend. Ces échanges de matière sont particulièrement actifs dans le manteau terrestre, où des cellules de convection sont identifiées par tomographie sismique. Le transfert par convection est beaucoup plus efficace que la conduction.

Diagramme montrant les mécanismes de conduction et de convection dans la Terre

La tomographie sismique, une technique d'analyse des vitesses de propagation des ondes sismiques, permet d'établir des « coupes » du globe terrestre. Sur ses images, les régions colorées en rouge correspondent aux zones anormalement chaudes où la vitesse des ondes est inférieure à la normale. Ces panaches mantelliques, initiés en profondeur, sont associés au magmatisme de point chaud et sont à l'origine d'une dissipation d'énergie thermique par convection. Ainsi, l'activité thermique de la Terre s'inscrit dans le processus de tectonique des plaques. À l’échelle globale, le flux fort dans les dorsales océaniques est associé à la production de lithosphère nouvelle ; au contraire, les zones de subduction présentent un flux faible associé au plongement de la lithosphère âgée devenue dense.

Le Gradient Géothermique : Une Température Croissante avec la Profondeur

Le gradient géothermique quantifie l'augmentation de la température avec la profondeur dans la croûte terrestre. En France, il est en moyenne de 31°C par kilomètre. Cependant, cette valeur est une moyenne et varie considérablement d'une région géologique à une autre. Par exemple, il peut atteindre 110°C/km dans le 1er km en Alsace, mais seulement 12°C/km dans la région de Rennes.

Le flux thermique en un point donné est obtenu en multipliant la conductivité thermique des roches par le gradient thermique local. Ce flux est variable suivant le contexte géodynamique :

  • Modéré dans les océans : Avec une croûte d'une épaisseur de 6 à 8 km, le flux y est modéré, mais il est le plus fort le long des dorsales médio-océaniques.
  • Modéré dans certains bassins sédimentaires : En France, des zones comme le Bassin Parisien et le Bassin Aquitain présentent une accumulation de sédiments importante, pouvant atteindre jusqu'à 3000 m d'épaisseur. Ces sédiments, souvent moins conducteurs que la roche dure, peuvent piéger la chaleur et influencer le gradient.
  • Dans les régions amincies (rifting et remontée du Moho) : Dans ces zones, la discontinuité de Mohorovičić (Moho), limite entre la croûte et le manteau, est peu profonde, signifiant une remontée locale de l'asthénosphère chaude.

La composition et l'épaisseur de la croûte terrestre jouent un rôle crucial. La croûte continentale, plus épaisse (30 à 70 km), a un gradient thermique différent de la croûte océanique (5 à 10 km). En surface, dès une faible profondeur (10 m), le sol est presque partout à une température stable d’environ 15°C, résultat de l'influence du rayonnement solaire et de la chaleur interne de la Terre. La croûte continentale et le plancher océanique s’échauffent en moyenne d’environ 3 à 4°C par 100 mètres de profondeur. Ce gradient correspond au différentiel de température qui fait de l’écorce terrestre une source d’énergie. Dans les régions de fracture de l’écorce, cet échauffement peut atteindre des valeurs nettement supérieures (volcanisme ≥ 10°C par 100 m).

La Géothermie : Exploiter la Chaleur Interne de la Terre

La géothermie exploite le différentiel thermique de l’écorce terrestre pour en extraire de la chaleur utilisable par l’homme. L'énergie géothermique utilisable par l’Homme est variable d’un endroit à l’autre. La chaleur terrestre provient, pour l’essentiel (80-90%), de la désintégration radioactive dans les roches constituant la Terre des atomes fissiles (uranium, thorium, potassium) qu’elles contiennent. Le reste (10%) est le reliquat de la chaleur de formation initiale.

Il existe trois principaux types d'exploitation géothermique, classifiés selon la température et la profondeur :

  1. La géothermie profonde à haute énergie (150 - 250°C à plus de 2 500 m de profondeur) : Elle cible des zones au gradient géothermal anormalement élevé, souvent dans des régions volcaniques ou de fractures de plaques. L'objectif est la production d'électricité par entraînement de turbines à vapeur. Les techniques d'exploration et d'exploitation sont étroitement dérivées de celles employées dans l'industrie pétrolière. Les pays situés dans les zones de fracture des plaques de la lithosphère (dorsales et rifts) privilégient cette méthode, nécessitant des forages moins profonds. La production d’électricité d'origine géothermique a débuté en Italie en 1904, avec une première centrale commerciale en 1913. Les principaux pays producteurs se trouvent dans des régions volcaniques aux frontières des plaques (ceinture de feu Pacifique, arcs antillais et méditerranéen, rift africain).

    Carte des zones volcaniques et des limites de plaques tectoniques

  2. La géothermie à moyenne et basse énergie (30 à 150°C dans les aquifères) : Elle s'intéresse aux nappes aquifères de températures intermédiaires, inaptes à la production électrique mais utilisables directement pour le chauffage urbain par des réseaux de chaleur géothermique. En France, les régions Aquitaine et Île-de-France ont développé cette filière pour chauffer près de 200 000 logements. De nombreux bassins sédimentaires possèdent des ressources adaptées encore peu exploitées, comme le Bassin parisien et le Bassin aquitain, où l'accumulation de sédiments peut piéger la chaleur.

  3. La géothermie à très basse énergie (< 30°C) : Elle exploite la chaleur superficielle du sol, généralement à une profondeur de 10 à 100 mètres. À dix mètres de profondeur, la température est couramment de l’ordre de 15°C, grâce à la chaleur terrestre et à l'énergie solaire stockée dans le sol et les nappes phréatiques. Cette chaleur est extraite par des pompes à chaleur (PAC) couplées à des capteurs (sondes verticales ou capteurs horizontaux). Ce procédé est adapté au chauffage (et à la climatisation) des logements individuels. Les "murs géothermiques" sont un exemple de système préfabriqué de tuyaux qui se glisse verticalement dans une tranchée, représentant une solution simple et économique.

Le Rôle Crucial du Soleil : L'Apport Solaire Thermique

Si la Terre n’était chauffée que par le soleil, la température moyenne de l’atmosphère serait de -18°C et elle serait une boule de glace. L'apport d'énergie solaire est donc fondamental pour rendre notre planète habitable. Le rayonnement solaire reçu par les couches les plus élevées de l'atmosphère, appelé constante solaire, est d'environ 340 W/m² en moyenne annuelle. La puissance totale entrant dans le système sol-atmosphère-océan est estimée à 174 pétawatts (PW).

Le solaire thermique capte directement cette énergie pour la convertir en chaleur. Contrairement aux panneaux solaires photovoltaïques qui produisent de l'électricité, les panneaux solaires thermiques visent à chauffer un fluide caloporteur. Pour le chauffage géothermique solaire, il est recommandé d'utiliser des panneaux de type non vitrés. Cela permet d'éviter les surchauffes l'été, de baisser les coûts et de faciliter l'installation. Ces panneaux fonctionnent en "delta T" et sous irradiation solaire.

Le mode de fonctionnement de ces systèmes hybrides est ingénieux : les panneaux solaires thermiques sont branchés sur un by-pass sur le retour de la PAC géothermique vers les murs géothermiques ou le système de chauffage. C'est là que le fluide est le plus froid, optimisant ainsi le rendement en irradiation solaire. De plus, si la température atmosphérique est supérieure à la température du fluide vers la géothermie, les panneaux solaires peuvent fournir des calories même sans soleil, et même la nuit, grâce au phénomène de "Delta T".

Schéma d'un système combinant géothermie et solaire thermique

Systèmes Hybrides Géothermie-Solaire : Synergies et Performances

La combinaison de la géothermie et du solaire thermique pour le chauffage permet de réduire fortement la consommation d'énergie fossile tout en garantissant un confort stable toute l'année. Ce système hybride s'appuie sur deux ressources locales et renouvelables - la chaleur du sol et le rayonnement solaire - pour produire chaleur et eau chaude avec une efficacité énergétique élevée.

Le principe est simple : la géothermie assure un apport de base, continu et prévisible, tandis que le solaire thermique vient en renfort aux périodes ensoleillées, soulageant la pompe à chaleur et améliorant le bilan global du système de chauffage combiné. Ce modèle convient à des maisons individuelles, mais aussi à des bâtiments collectifs, des sites industriels ou des réseaux de chaleur urbains. Associer la géothermie et le solaire thermique répond à une logique physique et énergétique claire : l'une fournit une chaleur douce et constante, l'autre renforce la puissance disponible aux moments les plus favorables. Le sol joue le rôle de réservoir à température relativement stable, alors que les capteurs solaires transforment directement le rayonnement en chaleur pour l'eau chaude ou le chauffage.

Dans une maison équipée d'une pompe à chaleur géothermique, les capteurs solaires thermiques peuvent par exemple préchauffer l'eau du circuit de chauffage. La pompe travaille ainsi avec une eau déjà tiède, ce qui réduit l'écart de température à fournir et donc la consommation électrique. Certains fabricants ont développé des combinés compacts prévus d'usine pour ce chauffage combiné, avec un ballon unique intégrant les deux sources.

Sur le plan énergétique, un système associant géothermie et solaire thermique réduit la quantité d'électricité nécessaire pour produire une unité de chaleur. Le coefficient de performance (COP) de la pompe à chaleur augmente, car elle fonctionne plus souvent dans une plage de température favorable. En parallèle, la chaleur solaire directe s'affranchit des pertes de conversion et des rendements intermédiaires, ce qui maximise l'utilisation locale des ressources. Cette performance se traduit par des économies d'énergie substantielles.

Sur le plan environnemental, la réduction d'usage des combustibles fossiles entraîne une baisse significative des émissions de gaz à effet de serre. L'usage combiné des deux énergies renouvelables diminue aussi les polluants locaux issus de la combustion, ce qui améliore la qualité de l'air. De nombreuses collectivités cherchent justement des solutions capables d'alimenter des quartiers entiers sans chaudière à fioul ou à gaz en base, et le couple géothermie-solaire thermique figure parmi les réponses les plus prometteuses.

Pour illustrer ce fonctionnement, un système hybride avec une pompe à chaleur géothermique INVERTER est important. L'utilisation d'une PAC INVERTER permet de maximiser le temps de fonctionnement. Lorsque le soleil est présent, des capteurs solaire thermique installés en toiture envoient leur énergie dans un ballon tampon multifonction. La régulation donne la priorité au solaire : tant que la température fournie par les capteurs est suffisante, la pompe à chaleur réduit sa puissance ou s'arrête. Les "calories gratuites" issues du toit sont ainsi valorisées pleinement, et la part d'électricité consommée par la géothermie diminue.

Graphique comparant la contribution de la géothermie et du solaire thermique au fil des saisons

Défis et Perspectives de la Géothermie

La géothermie est la seule énergie qui soit à la fois quasi-inépuisable, omniprésente, stable et propre. Sa faible accessibilité en restreint cependant drastiquement l’emploi. Dans ses deux applications majeures, la production d’électricité et de chaleur, la géothermie est donc encore aujourd’hui marginale, loin derrière les énergies fossiles et d'autres énergies renouvelables. La consommation d'énergie géothermale dans le monde a avoisiné 5 exajoules (EJ) en 2023, soit environ 0,8% de la demande mondiale d'énergie. Environ un cinquième de cette énergie d'origine géothermale était consommée sous forme d'électricité, le reste (79%) l'étant directement sous forme de chaleur. Les capacités électriques installées atteignaient presque 15 GW en 2023.

La chaleur terrestre profonde reste encore largement hors de portée. L’homme ne peut aujourd’hui capter la chaleur terrestre en provenance du manteau qu’entre le sol et les premiers kilomètres de l’écorce. Le forage de la discontinuité de MOHO (la limite entre la croûte terrestre et le manteau supérieur), malgré un record de 12 km en 2010, n’a toujours pas été atteint. La géothermie profonde nécessite donc des investissements substantiels et une connaissance fine du sous-sol. Les fracturations hydrauliques profondes, utilisées dans certaines techniques de stimulation, peuvent présenter des risques sismiques.

Le potentiel géothermique mondial des aquifères sédimentaires à des profondeurs allant jusqu'à 3 km et à des températures supérieures à 90°C est estimé à environ 320 TW, un chiffre cohérent avec les besoins des réseaux de chauffage urbain actuellement alimentés à partir de combustibles fossiles, qui pourraient être décarbonés en passant à la chaleur géothermique. Des projets d’exploitation géothermique d’anciens puits de pétrole ou de gaz sont envisagés, notamment aux États-Unis.

En France, l'extraction de lithium concomitamment à l'exploitation de la géothermie suscite un vif intérêt en Alsace. La géothermie offshore, encore inexplorée, pourrait ouvrir de nouvelles perspectives aux forages en eau profonde parvenant à proximité du manteau.

Seul l’avenir de la géothermie à très basse énergie est assuré. Les progrès en fiabilité, performance et coût des pompes à chaleur devraient en faire rapidement un moyen de chauffage très répandu. Au-delà, c’est l’accessibilité à la chaleur intense et profonde qui va dimensionner le développement de la géothermie. Les solutions, si elles existent, devraient venir de ceux qui maîtrisent le mieux les technologies des forages et les disciplines associées (sismique, géologie), c'est-à-dire les acteurs de l'industrie des énergies fossiles, qui possèdent historiquement ce savoir-faire.

Pompe à chaleur géothermique par rapport à aérothermique

La géothermie, en combinant son apport stable avec la puissance ponctuelle du solaire thermique, représente une solution d'avenir pour une production d'énergie plus propre et plus résiliente, contribuant significativement à la transition énergétique.

tags: #soleil #geothermique #proportion

Articles populaires: