La compréhension de l'humidité du sol transcende la simple mesure de sa teneur en eau. Que l'on soit un étudiant fraîchement lancé dans des relevés environnementaux, un chercheur aguerri ou un agriculteur soucieux de l'optimisation de l'irrigation, la nécessité de mesurer l'humidité du sol s'impose rapidement. Cette importance découle du fait que la disponibilité de l'eau est un moteur fondamental de la productivité des écosystèmes, et que l'humidité du sol, englobant la teneur en eau et le potentiel hydrique, représente la source d'eau immédiate pour la majorité des plantes.
La perception courante de l'humidité du sol se limite souvent à une seule variable : la teneur en eau. Cependant, cette vision est réductrice. L'humidité du sol est un concept plus nuancé, impliquant des principes fondamentaux à maîtriser avant de choisir une méthode de mesure.
La teneur en eau du sol est une variable extensive, dont la valeur dépend de la taille et de la localisation de l'échantillon. Elle est définie comme la quantité d'eau par unité de volume ou de masse totale. Elle peut être exprimée de deux manières principales :
La teneur en eau gravimétrique (TEG) : Il s'agit de la masse d'eau par masse de sol sec (exprimée en grammes d'eau par gramme de sol). C'est une méthode de mesure directe, souvent considérée comme la référence. Elle est calculée par la formule : (Masse du sol humide - Masse du sol sec) / Masse du sol sec. La TEG est cruciale pour développer des étalonnages et valider les lectures d'autres mesures de teneur en eau volumique.

La teneur en eau volumétrique (TEV) : Elle correspond au volume d'eau divisé par le volume total du sol. Dans un volume de sol donné, si 35 % est constitué d'eau, la TEV est de 35 %. Les sols séchés à l'étuve ont une TEV de 0 % par définition. Théoriquement, 100 % de TEV correspondrait à un sol entièrement saturé, mais en pratique, les sols atteignent rarement cette saturation complète en raison de la présence d'espaces d'air.
La plupart des mesures de TEV sont réalisées à l'aide de capteurs, notamment les capteurs diélectriques qui exploitent la "polarité" de la molécule d'eau.

Lorsqu'un champ électromagnétique est appliqué au sol, les molécules d'eau, de par leur polarité, s'alignent et oscillent. L'intensité de cet effet est proportionnelle à la quantité d'eau présente. Les capteurs de capacité, utilisant deux sondes créant un champ électromagnétique, mesurent cet effet.

L'utilisation de capteurs de teneur en eau permet d'obtenir des séries chronologiques, offrant une vision dynamique des variations de l'humidité du sol au fil du temps. Ces données sont précieuses pour comparer les changements à différentes profondeurs et comprendre les processus en cours.

Bien que la teneur en eau gravimétrique soit une mesure fondamentale, elle est destructive (nécessite de prélever un échantillon) et ne fournit qu'un instantané. Les capteurs, quant à eux, bien qu'insérés dans le sol, offrent une surveillance continue et non destructive, permettant d'établir des profils temporels. La télédétection offre également une perspective temporelle, mais excelle surtout dans l'échantillonnage spatial à grande échelle.
Parallèlement à la teneur en eau, le potentiel hydrique du sol (ou succion du sol) est une variable "intensive" qui décrit l'intensité ou la qualité de l'eau présente. Il représente l'énergie potentielle par mole d'eau par rapport à de l'eau pure au potentiel zéro.
Il est essentiel de comprendre que l'eau dans le sol n'est pas "libre" comme dans un verre d'eau. Elle est liée aux particules du sol, peut être diluée par des solutés et soumise à des pressions. L'eau du sol ne peut être extraite par une plante qu'en dépensant une énergie au moins équivalente à celle qui la retient.

La composante la plus significative du potentiel hydrique en ce qui concerne le sol est le potentiel matriciel. Il est directement lié à l'eau qui adhère aux surfaces du sol, formant un film d'eau. Au fur et à mesure que le sol se dessèche, les pores se vident d'air et l'eau se lie plus étroitement aux particules, entraînant une diminution du potentiel matriciel (une valeur plus négative).
Le gradient de potentiel hydrique est la force motrice derrière le mouvement de l'eau dans le sol. L'eau se déplace toujours d'une zone de potentiel hydrique élevé (moins négatif) vers une zone de potentiel hydrique plus faible (plus négatif), jusqu'à ce que l'équilibre soit atteint.

C'est le potentiel hydrique qui est le meilleur indicateur de l'eau réellement disponible pour les plantes. Le continuum plante-sol-atmosphère est régi par ces gradients de potentiel. Par exemple, si le potentiel hydrique du sol est de -0.3 MPa et celui des racines légèrement plus négatif (-0.5 MPa), l'eau quittera le sol pour entrer dans les racines, puis remontera dans la plante jusqu'à l'atmosphère, caractérisée par un potentiel hydrique extrêmement bas (ex: -100 MPa).
L'eau disponible pour les plantes est définie comme la différence de teneur en eau entre la capacité au champ et le point de flétrissement permanent.
Capacité au champ (CC) : Représente la teneur en eau maximale qu'un sol peut retenir après un drainage naturel, généralement deux à trois jours après une période de saturation. Les micropores sont alors remplis d'eau, et le drainage superficiel est négligeable. Elle est souvent associée à un potentiel hydrique de -33 kPa pour les sols fins ou -10 kPa pour les sols sableux, bien que ces valeurs soient indicatives et dépendent des caractéristiques spécifiques du sol. La CC est une propriété d'écoulement ; l'eau descend sous l'effet de la gravité, mais la conductivité hydraulique diminue rapidement à mesure que le sol s'assèche, ralentissant le flux.
Point de Flétrissement Permanent (PFP) : C'est le niveau d'humidité minimum en dessous duquel la plante n'est plus capable d'absorber l'eau, même si elle est encore présente dans le sol. Expérimentalement déterminé chez le tournesol, il est généralement fixé à -15 bars (-1500 kPa). À ce potentiel, la plante perd sa pression de turgescence et entre en flétrissement irréversible. Il est important de noter que ce point de référence peut varier considérablement entre différentes espèces végétales.
La zone entre la capacité au champ et le point de flétrissement permanent constitue l'eau facilement utilisable par les plantes. Pour une productivité optimale, l'irrigation doit être gérée de manière à maintenir le sol dans cette zone de confort hydrique.

Plusieurs méthodes et technologies permettent de mesurer l'humidité du sol :
Méthode Gravimétrique : Comme mentionné, elle repose sur la pesée d'échantillons de sol avant et après séchage. C'est une méthode de référence, mais laborieuse et ponctuelle.
Capteurs de Teneur en Eau Volumétrique :
Les techniques électromagnétiques (capacitives et TDR) mesurent la teneur volumique en eau (Hv) : Hv = Volume d'eau / Volume total de sol.
La relation entre TEV (Hv) et TEG (Hp) est : Hv = Hp * da, où 'da' est la densité apparente du sol.
Capteurs de Potentiel Hydrique : Des instruments comme les tensiomètres ou les capteurs de potentiel matriciel (par exemple, basés sur la mesure de la résistance électrique d'un matériau sensible à l'humidité) permettent de mesurer directement le potentiel hydrique du sol.
Télédétection : Les satellites et les avions équipés de capteurs spécifiques peuvent estimer l'humidité du sol sur de vastes zones, offrant une perspective spatiale précieuse, bien que souvent moins précise que les mesures in situ.
Chaque type de sol possède une relation unique entre son potentiel hydrique et sa teneur en eau volumétrique. Cette relation est représentée par la courbe de rétention d'eau du sol (également appelée courbe caractéristique de l'eau du sol).

Ces courbes sont comme des empreintes digitales pour chaque sol. Elles sont essentielles pour :
La connaissance de la texture du sol (sable, limon, argile) est primordiale car elle influence directement la rétention d'eau. Un loam sableux et argileux, par exemple, peut avoir une teneur en eau de 32 % à la capacité au champ, tandis que le même pourcentage dans un sol argileux peut correspondre au point de flétrissement permanent. Il est donc crucial de caractériser la texture du sol lors de l'installation de capteurs ou de l'interprétation des données.
Bien que l'humidité du sol soit principalement abordée dans le contexte agricole et environnemental, sa gestion est tout aussi critique dans le domaine de la construction et de l'habitat. Un sous-sol, de par sa localisation et son aménagement, est souvent sujet à des taux d'humidité élevés.
Les causes de l'humidité au sol dans une habitation peuvent être diverses :
Les conséquences d'une humidité excessive dans un sous-sol ou d'autres parties de la maison peuvent être désastreuses : détérioration des matériaux (peinture qui se décolle, taches, moisissures, champignons), développement de problèmes de santé (troubles respiratoires), et dégradation générale du bâti.

Pour identifier les problèmes d'humidité au sol, il faut être attentif aux signes :
Des outils comme l'hygromètre permettent de mesurer le taux d'humidité relative de l'air. Dans un sous-sol, un taux d'humidité idéal se situe généralement entre 40 % et 70 %, bien que cela puisse varier en fonction de l'usage et de la température. Dans les autres pièces de la maison, un taux d'humidité relative de 50-55 % en été et 30 % en hiver est souvent considéré comme optimal.
Pour traiter l'humidité au sol, plusieurs solutions existent :
Il est souvent recommandé de faire appel à des professionnels pour diagnostiquer précisément la cause de l'humidité et mettre en œuvre les solutions les plus adaptées et durables.
En définitive, l'humidité du sol est un paramètre complexe et multifacette. Que ce soit pour optimiser les rendements agricoles, préserver la santé des écosystèmes ou garantir la salubrité des habitations, une compréhension approfondie de ses différentes composantes - teneur en eau et potentiel hydrique - est indispensable. Le choix des méthodes de mesure doit être guidé par les objectifs spécifiques, qu'il s'agisse de suivre la disponibilité de l'eau pour les plantes, de comprendre les flux hydriques dans le sol, ou de prévenir les désordres structurels et sanitaires dans les bâtiments. Une gestion avisée de l'humidité du sol, qu'elle soit agricole ou immobilière, est une clé essentielle pour un avenir durable et sain.
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