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La question du chauffage des terrasses en France a pris une importance considérable suite à la mise en place d'une réglementation visant à limiter le gaspillage énergétique et à protéger l'environnement. Le décret entré en vigueur le 31 mars 2022 marque un tournant significatif, interdisant l'utilisation de systèmes de chauffage et de climatisation sur les espaces extérieurs du domaine public. Cette mesure, bien que motivée par des objectifs écologiques louables, a suscité de vives interrogations et a eu des répercussions notables sur l'activité économique, particulièrement dans le secteur de la restauration et du commerce.

L'Interdiction du Chauffage Extérieur sur le Domaine Public

Depuis le 31 mars 2022, une interdiction pèse sur l'utilisation de systèmes de chauffage et de climatisation sur les espaces extérieurs du domaine public en France. Cette décision s'inscrit dans une démarche globale de lutte contre le gaspillage énergétique et de protection de l'environnement. L'article 181 de la loi n° 2021-1104 du 22 août 2021, portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets, a posé le principe de cette interdiction. Le décret qui en découle précise le champ d'application de cette loi en déterminant les lieux qui peuvent accueillir un système de chauffage ou de climatisation. Il s'agit, d'une part, du lieu couvert, étanche à l'air et fermé par des parois latérales rigides par nature, sauf décision contraire de l'autorité gestionnaire du domaine.

Schéma illustrant les conditions d'une terrasse autorisée au chauffage

Le projet de décret avait été mis en consultation jusqu’au 14 février 2022. L’entrée en vigueur de l’interdiction est fixée au 31 mars 2022 et s’applique aux autorisations d’occupation du domaine public en cours de validité au 31 mars 2022. Le non-respect de cette interdiction est puni d'une contravention de cinquième classe, avec une amende pouvant aller jusqu'à 1 500 euros, et jusqu'à 3 000 euros en cas de récidive. La police municipale et les gardes champêtres sont habilités à verbaliser les infractions.

Une Distinction Clé : Chauffages au Gaz vs. Chauffages Électriques

Si cette mesure se veut universelle, son application soulève plusieurs interrogations, notamment concernant les chauffages électriques, bien moins polluants que les chauffages au gaz.

L'Impact Environnemental des Chauffages au Gaz

Les chauffages au gaz ont un impact environnemental élevé en raison des émissions de CO2 qu'ils génèrent. Limiter leur usage semble donc justifié dans une optique de réduction des émissions polluantes. La combustion du gaz naturel libère du dioxyde de carbone (CO2), un gaz à effet de serre majeur contribuant au réchauffement climatique. De plus, l'extraction et le transport du gaz peuvent avoir d'autres impacts environnementaux, tels que les fuites de méthane, un gaz encore plus puissant que le CO2 en termes d'effet de serre à court terme.

Les Chauffages Électriques et la Réalité Énergétique Française

En France, l'électricité est principalement décarbonée grâce à la part importante du nucléaire et au développement des énergies renouvelables dans le mix énergétique. Ces systèmes n’ont pas le même impact écologique que les chauffages au gaz et pourraient mieux s’intégrer aux objectifs environnementaux. Leur interdiction apparaît donc incohérente et suscite des critiques, car elle ne prend pas en compte la spécificité du bouquet énergétique français. Si l'on considère la production d'électricité, l'empreinte carbone est significativement plus faible que celle de la combustion directe de combustibles fossiles.

Graphique comparant l'empreinte carbone de différentes sources d'énergie pour le chauffage

Le relatif flou sur le point 2° du décret, concernant l'application aux "manifestations culturelles, sportives, festives, cultuelles ou politiques" ou aussi aux "activités foraines ou circassiennes", ajoute une couche d'incertitude quant à la portée exacte de la réglementation.

Un Coup Dur pour les Commerçants et Restaurateurs

Cette mesure affecte particulièrement les restaurateurs et commerçants, qui utilisaient des terrasses chauffées pour maintenir leur activité pendant les périodes plus froides. Ces espaces sont essentiels pour attirer les clients, et leur suppression entraîne :

  • Une baisse de la capacité d’accueil : En particulier dans les villes où les terrasses extérieures jouent un rôle clé dans la vie sociale et économique. La capacité d'accueil des établissements se voit réduite, limitant ainsi le nombre de clients pouvant être servis simultanément.
  • Une diminution du chiffre d’affaires : Ce qui fragilise davantage les établissements déjà touchés par les crises sanitaires et économiques récentes. La perte de chiffre d'affaires peut avoir des conséquences désastreuses sur la viabilité des entreprises, surtout pour les petits commerces et restaurants de quartier.
  • Des menaces sur l’emploi : Dans un secteur où chaque poste compte, la réduction de l'activité peut conduire à des suppressions d'emplois, impactant le tissu économique local.

Interdiction des terrasses chauffées: le décret prendra effet dès la fin de l’hiver prochain

Les restaurateurs et commerçants se retrouvent dans une situation délicate, cherchant des solutions pour compenser cette perte d'activité tout en respectant la nouvelle réglementation.

Quelles Alternatives Possibles ?

Pour préserver à la fois l'environnement et l'activité économique locale, des solutions plus équilibrées pourraient être envisagées :

  • Autoriser les chauffages électriques utilisant une énergie décarbonée : En mettant en place des contrôles pour garantir leur conformité. L'utilisation de chauffages électriques alimentés par de l'électricité issue de sources renouvelables ou nucléaires pourrait constituer une alternative viable, alignée avec les objectifs de transition énergétique.
  • Encourager des systèmes de chauffage terrasse restaurant plus économes en énergie : Afin de réduire l'impact environnemental tout en maintenant des options viables pour les commerçants. Des solutions comme les radiateurs infrarouges à faible consommation, ou des systèmes de chauffage d'appoint plus ciblés, pourraient être explorées.
  • Adapter les règles à la réalité énergétique française : Qui se distingue par sa production majoritairement décarbonée. Une approche nuancée, qui reconnaît les spécificités du mix énergétique français, serait plus pertinente.

Chauffage des Terrasses : Règles Pratiques et Exceptions

La réglementation distingue clairement entre les terrasses privées et celles situées sur le domaine public.

Sur les Espaces Privés

Les terrasses privées échappent à cette interdiction. Vous pouvez les chauffer sans restriction, quelle que soit la source d’énergie utilisée. Cela inclut les jardins, les cours intérieures ou les balcons appartenant à des propriétés privées.

Sur le Domaine Public : Conditions Strictes

Pour pouvoir chauffer une terrasse située sur le domaine public, plusieurs conditions doivent être respectées :

  • La terrasse doit être totalement couverte : Avec une structure rigide ou souple, comme des store-bannes.
  • Les côtés doivent être fermés par des parois rigides et hermétiques : Comme des parois vitrées amovibles ou des bâches étanches à l’air. Ces parois doivent se fermer hermétiquement (via des fermetures à glissière, des velcros ou des œillets). Les terrasses protégées par des écrans non étanches, qu’ils soient parallèles ou perpendiculaires, ne peuvent pas être chauffées.
  • Autorisation municipale : Avant d’installer des structures fermées, il est souvent nécessaire d'obtenir une autorisation auprès de la commune. Les règlements locaux doivent être consultés, car les municipalités peuvent avoir des directives spécifiques.

Illustration d'une terrasse de restaurant fermée et chauffée dans le respect de la réglementation

Fumer sur une Terrasse Chauffée : une Question de Fermeture

Une terrasse chauffée est considérée comme un espace fermé si elle répond aux critères mentionnés (couverture et parois hermétiques). Dans ce cas, le tabac est strictement interdit, car ces espaces sont assimilés à une extension de l’établissement intérieur. Fumer est autorisé uniquement sur des terrasses totalement ouvertes sur leur côté principal ou complètement découvertes. Cette règle vise à harmoniser la législation anti-tabac avec les nouvelles configurations des espaces extérieurs des établissements recevant du public.

Directive à partir du 31 mars 2022 : Deux Options pour les Commerçants

La directive du 31 mars 2022 offre, en théorie, deux options pour les commerçants concernant les terrasses fermées :

  • Terrasse fermée : Chauffages électriques autorisés, à condition de respecter les règles de sécurité incendie. Ce point soulève la question de la définition précise de "chauffages électriques autorisés" et des critères de sécurité qui s'appliquent.

Le Cadre Réglementaire Général du Chauffage en France

Au-delà de la question spécifique des terrasses, le chauffage en France est encadré par une série de réglementations visant à améliorer l'efficacité énergétique des bâtiments et à réduire la consommation d'énergie. Le chauffage représente le plus gros poste des consommations d’énergie dans l’habitat, comptant pour les deux tiers de la facture énergétique du logement.

Réglementation sur la Température Maximale dans les Bâtiments

Pour limiter les consommations énergétiques liées au chauffage des bâtiments, la réglementation prévoit des températures maximales dans les bâtiments résidentiels et tertiaires.

  • Locaux à usage d’habitation, d’enseignement, de bureaux ou recevant du public : Les limites supérieures de température de chauffage sont fixées en moyenne à 19°C.
  • Période d’inoccupation : Des limites de températures plus basses sont fixées pour les périodes d’inoccupation : 16°C lorsque la durée d’inoccupation est égale ou supérieure à 24h et inférieure à 48h ; 8°C lorsque la durée d’inoccupation est égale ou supérieure à 48h.
  • Activités à caractère administratif, scientifique, sportif, artisanal, industriel, commercial ou agricole et ne recevant pas du public : Les limites de températures de chauffage varient selon l’utilisation des locaux. L’arrêté du 25 juillet 1977 définit ces limites.
  • Locaux et établissements sanitaires et hospitaliers et les logements où sont donnés des soins médicaux ou qui logent ou hébergent des personnes âgées ou des enfants en bas âge : La limite supérieure de chauffage moyenne est fixée à 22°C, et la température d’une pièce individuelle ne doit pas dépasser 24°C.

Limitation de l’Usage des Systèmes de Refroidissement

Par ailleurs, depuis le 1er juillet 2007, les articles R.241-30 et R.241-31 du code de l'énergie limitent l’utilisation des systèmes de climatisation. Ainsi, dans les locaux où est installé un système de refroidissement, celui-ci ne doit être mis ou maintenu en fonctionnement que lorsque la température intérieure des locaux dépasse 26°C. Ces dispositions ne sont pas applicables dans certains cas particuliers énoncés dans l'article R.241-31.

Réglementation Thermique dans l'Existant

La réglementation thermique dans l'existant comporte des dispositions à respecter lors de la rénovation d'un bâtiment. Elle se compose de deux volets : la rénovation globale et la rénovation éléments par éléments. Ce second volet, défini dans l'arrêté du 3 mai 2007 et modifié par l'arrêté du 22 mars 2017, encadre les travaux d'amélioration de l'efficacité énergétique et fixe des performances thermiques à respecter lors de travaux d'isolation ou de remplacement d'équipements.

Travaux pour Améliorer les Équipements de Chauffage

  • Chaudières à gaz ou à fioul : Les chaudières étanches ou raccordées à un conduit de fumées, dont la puissance thermique nominale est supérieure à 400kW, installées ou remplacées, doivent satisfaire à des rendements élevés. Pour les autres chaudières, le règlement UE n°813/2013 définit les rendements saisonniers minimums. Toutes les chaudières vendues respectent les exigences de performance obligatoires, indiquées sur l'étiquette énergie. Une chaudière non étanche à coupe-tirage B1 ne peut plus être installée en maison individuelle, ni en logement collectif à conduit individuel de moins de 10m de long. Le circulateur de la chaudière doit être muni d'un dispositif d'arrêt.
  • Pompes à chaleur (PAC) : La RT éléments prévoit des exigences pour les PAC individuelles dont la puissance thermique nominale est supérieure à 12kW. Pour les PAC non incluses dans la RT éléments, le règlement UE 813/2013 définit les rendements saisonniers minimums. Toutes les PAC vendues respectent les exigences de performance obligatoires. L'étiquette énergie indique les plus performantes.
  • Chauffage au bois : La réglementation impose un rendement minimal, fonction de la puissance de la chaudière installée.
  • Chauffage électrique : En cas de remplacement ou d’installation de radiateurs électriques, ils doivent être régulés par un dispositif électronique intégré, présenter au moins 4 niveaux de fonctionnement, et être temporisés s’ils possèdent d’autres fonctions. Tout nouvel émetteur doit être équipé ou associé à une détection automatique de présence/absence ou à une détection automatique de l’ouverture des fenêtres. Le label "NF performance 3* oeil" satisfait à ces exigences.
  • Émetteurs à eau chaude : Les nouveaux émetteurs doivent comporter un dispositif d’arrêt manuel et de régulation automatique en fonction de la température intérieure.
  • Réseau de distribution : Si l'installation complète du système de chauffage est remplacée, les radiateurs doivent être adaptés au fonctionnement basse température, et le réseau de distribution doit être calorifugé avec une isolation de classe supérieure ou égale à 3. Pour les bâtiments collectifs, il doit également être muni d’un système d’équilibrage.
  • Équipements de régulation et de programmation : Les nouveaux systèmes de chauffage centralisé doivent comporter un dispositif de commande manuelle et de programmation automatique selon au moins 4 allures de fonctionnement. Les régulateurs doivent respecter différentes classes de performance énergétique.

L'ensemble de ces réglementations témoigne d'une volonté politique forte de réduire la consommation d'énergie dans le secteur du bâtiment, un objectif essentiel dans la lutte contre le changement climatique. La question du chauffage des terrasses s'inscrit dans cette logique plus large de sobriété énergétique, tout en soulevant des défis économiques et pratiques pour de nombreux professionnels.

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