Vivre en bord de mer fait rêver, mais le sel, l’humidité et la corrosion mettent les maisons à rude épreuve. L’idée principale à retenir est la suivante : en bord de mer, mieux vaut prévenir que réparer. Ce constat s'applique autant à la préservation des biens immobiliers qu'à la compréhension des effets de l'environnement marin sur la santé humaine. L'air marin, souvent idéalisé pour ses bienfaits, présente en réalité un double visage, portant à la fois des éléments potentiellement bénéfiques et des défis indéniables pour les habitants et leurs demeures.

Le sel transporté par le vent se dépose partout : façades, menuiseries, garde-corps, toiture. Il attaque les matériaux, accélère la corrosion et fragilise les protections existantes. Pour un futur propriétaire, il est utile de comprendre que le choix des matériaux à l’achat a un impact direct sur le budget entretien plus tard. L’objectif n’est pas d’ériger une forteresse, mais de choisir des solutions réalistes et compatibles avec votre budget.
Un des premiers leviers est le choix des matériaux à l’extérieur. Le bois brut non traité, l’acier classique ou les peintures d’entrée de gamme résistent mal aux embruns. Par exemple, les menuiseries en aluminium laqué, l’inox de qualité marine (type 316), les bois autoclaves ou exotiques stables, ainsi que les peintures marines ou “climat extrême” offrent une meilleure durabilité. Si vous achetez un bien existant, regardez l’état des gardes-corps, des vis apparentes et des menuiseries. Les façades méritent une attention particulière car elles sont directement frappées par le vent salé. Avec le temps, les micro-fissures, les joints qui se dégradent et les peintures qui s’écaillent laissent entrer l’humidité. Pour limiter ces problèmes, des traitements hydrofuges adaptés aux façades et des peintures extérieures de qualité sont très utiles.
Les menuiseries extérieures sont en première ligne : fenêtres, baies vitrées, volets battants ou roulants. Le sel s’infiltre dans les mécanismes, se dépose sur les joints et peut même marquer les vitrages. Une bonne pratique consiste à rincer régulièrement ces éléments à l’eau claire, surtout après les tempêtes ou les épisodes de vent fort. Lors d’une visite avant achat, ouvrez et fermez tous les volets et fenêtres.
La corrosion touche toutes les parties métalliques : poignées de portes, charnières, garde-corps, visserie, pieds de mobilier extérieur. Un entretien régulier, même très simple, permet de ralentir nettement ce phénomène. Au moment de réaliser de petits travaux ou d’installer un équipement, privilégiez toujours la visserie inox et les fixations prévues pour un usage extérieur en zone côtière.
Au quotidien, quelques réflexes aident à garder une maison de bord de mer saine et agréable, sans passer son temps à faire le ménage. Par exemple, après un épisode de forte pluie ou de vent, consacrez 15 à 20 minutes à rincer rapidement les menuiseries les plus exposées, essuyer les poignées, vérifier qu’il n’y a pas d’eau stagnante sur les appuis de fenêtres. Une à deux fois par an, prévoyez aussi une inspection globale : toiture visible depuis le sol, façades, terrasses, garde-corps, pièces d’eau.
Entretenir une maison en bord de mer, c’est avant tout accepter que le sel, l’humidité et la corrosion fassent partie du décor, puis organiser la vie de la maison en conséquence. Avec des matériaux adaptés, une protection correcte des façades et des menuiseries, vous réduisez déjà fortement les risques. Il est également crucial de prévoir des espaces extérieurs bien conçus, incluant une piscine protégée du sel en bord de mer, pour profiter pleinement des joies aquatiques sans compromettre l’entretien. En veillant à l’entretien régulier de ces installations et en choisissant des équipements résistant à l’environnement marin, vous garantissez leur durabilité.
En bord de mer, l’air est naturellement plus humide. Ajoutez à cela la vapeur d’eau produite dans la maison (cuisine, douches, linge qui sèche) et vous obtenez un risque plus élevé de condensation et de moisissures. La première arme reste l’aération régulière. Même en hiver, ouvrir les fenêtres 5 à 10 minutes matin et soir permet de renouveler l’air et de chasser l’humidité accumulée. Si la maison est utilisée comme résidence secondaire, pensez à organiser une ventilation minimale lorsqu’elle est inoccupée.
Les systèmes de ventilation (naturelle ou mécanique) sont vos meilleurs alliés contre l’humidité. Une VMC simple ou double flux, bien entretenue, limite les condensations sur les murs et les plafonds. Concrètement, il faut s’assurer que les bouches d’extraction dans la cuisine, la salle de bain et les toilettes ne sont pas obstruées.
Les maisons en bord de mer sont exposées à des niveaux d’humidité plus élevés en raison de la proximité de l’eau salée et des conditions météorologiques maritimes. Cela peut entraîner divers problèmes d’humidité, notamment :
Pour contrer ces effets, plusieurs mesures sont essentielles :
L'hygrométrie élevée de l'air marin est entretenue par l'évaporation superficielle de l'eau de la mer, conjuguée aux gouttelettes d'eau en suspension des embruns. L'humidité favorise le développement de champignons microscopiques : les moisissures fleurissant sur les surfaces intérieures sont un indicateur de risque d'apparition de problèmes respiratoires : asthme, toux, sifflements respiratoires, allergies ou infections (d'après l'OMS). Et enfin, il semble qu'il soit plus difficile et fatigant de respirer dans une atmosphère humide que dans une atmosphère sèche. L'air marin possède des caractéristiques de stabilité qu'on ne rencontre pas à terre ; son action porte essentiellement sur les voies respiratoires.

Comme chaque année, avec le retour de la saison froide, des Québécois migrent vers la Floride. Même si c’est la chaleur qui les attire, on associe depuis très longtemps les séjours au bord de la mer à la santé. Depuis le 18e siècle, les régions côtières sont vantées, y compris par les médecins, pour leurs impacts bénéfiques sur la santé et le rétablissement des malades. En 1938, des médecins écrivant dans le journal médical The Lancet constataient que leurs prédécesseurs, un siècle et demi plus tôt, avaient parlé des effets « énergisants » de l’air marin.
Pourtant, il existe peu d’études permettant de confirmer s’il y a bien un lien. En 2012, des chercheurs du Royaume-Uni se sont servis du recensement de 2001 pour tenter de répondre à la question. Ils ont remarqué qu’à mesure qu’on s’approche de la côte, le niveau de santé rapporté par les individus semble s’améliorer. En 2019, des scientifiques belges ont fait le même exercice et ont conclu que les gens qui vivaient à moins de 5 km de la mer disaient avoir une meilleure santé générale que ceux qui habitaient de 50 à 100 km à l’intérieur des terres. Une étude réalisée par d’autres chercheurs européens en 2023 a noté pour sa part que l’effet sur la santé rapporté était plus important pour les gens qui demeurent à moins de 2 km des côtes.
Selon ces scientifiques, plusieurs facteurs pourraient être à l’œuvre. Par exemple, le bord de la mer serait peut-être plus propice à la pratique de l’activité physique et permettrait aussi de réduire le stress. Cependant, il serait également possible que cet environnement ait des caractéristiques physiques et chimiques qui influenceraient positivement la santé.
Lorsque les vagues se brisent à la surface de la mer ou de l’océan, une pluie de fines gouttelettes se forme et est ensuite emportée par le vent. C’est ce qu’on appelle les embruns marins. Ils transportent avec eux des sels de sodium, de magnésium, de calcium et de potassium. On peut d’ailleurs détecter ces sels en grande quantité dans l’air jusqu’à 500 mètres du bord de mer, expliquaient des chercheurs américains en 2021. Les scientifiques estiment que cette concentration se situe entre 0,006 et 0,02 microgramme (μg) de sels par litre d’air. Une personne qui respire cet air toute la journée inhalerait ainsi 60 à 200 μg de sel par jour.
Toujours selon ces chercheurs américains -qui s’interrogeaient à l’époque sur le lien bénéfique que cela pourrait avoir contre une maladie respiratoire comme la COVID- le fait de respirer les sels présents dans l’air serait une bonne façon d’améliorer l’hydratation des voies respiratoires et d’aider à dégager le mucus.
En entrevue pour le Wall Street Journal en 2014, le médecin américain Thomas Ferkol avait raconté que plusieurs de ses patients souffrant de fibrose kystique -maladie rare qui touche les voies muqueuses et respiratoires- disaient se sentir mieux pendant leur voyage sur la côte. Ce sont des observations de ce genre qui avaient inspiré des médecins à mettre au point un appareil permettant aux personnes souffrant de fibrose kystique d’inhaler une solution saline. Selon une étude parue en 2006 dans le New England Journal of Medicine, l’utilisation de cet appareil pendant un an aurait été associée à une amélioration « modérée » du fonctionnement des poumons et à une diminution du nombre d’épisodes d’infection et d’inflammation pulmonaire aiguë. Cette stratégie est toujours recommandée, notamment aux États-Unis, sur le site de la Fondation pour la fibrose kystique.
De plus, dans leur article de 2021, les chercheurs américains avaient conclu que les niveaux élevés de sels dans l’air de même que le haut niveau d’humidité à proximité de la mer, auraient permis de réduire l’incidence de la COVID-19 et le nombre de décès dans les régions côtières des États-Unis. Selon les auteurs, l’air salin diminuerait la production de gouttelettes et donc, la transmission du virus.
Quand on n’évoque pas le sel et l’eau, on se rabat souvent sur la meilleure qualité de l’air des régions côtières pour expliquer ses bienfaits. Dans leur étude de 2019, les chercheurs belges avaient d’ailleurs mesuré que la pollution était moins importante dans les villes situées à moins de 5 km de la mer. Cependant, des données plus récentes semblent indiquer que l’air marin n’est pas aussi pur qu’on le prétend.
Des molécules biogéniques peuvent s’y retrouver lors de la formation des embruns, expliquait en 2019 l’équipe du chercheur Emmanuel Van Acker, de l’Université de Gand en Belgique. Ces molécules, qui sont produites dans l’eau par les bactéries et le phytoplancton, incluent des vitamines, des pigments et des polyphénols, mais aussi des phycotoxines -comme celles pouvant être produites lors de la prolifération des algues. Ces substances pourraient avoir des impacts sur la santé lorsqu’elles sont inhalées. En 2022, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) en France mettait d’ailleurs en garde les usagers des plages contre les toxines produites par les microalgues marines auxquelles ils peuvent être exposés par l’inhalation d’embruns. Dans une revue sur le sujet publiée en 2023, des scientifiques rappelaient que 15 % des cas d’asthme dans les régions côtières seraient attribuables à ces toxines.
Enfin, selon une étude réalisée par des chercheurs de Stockholm en 2024, les PFAS - des molécules chimiques utilisées dans plusieurs procédés industriels et dans certains produits de consommation - pourraient se retrouver dans l’air des régions côtières, puisqu’ils sont présents dans les embruns marins. En effet, les PFAS, parce qu’ils sont connus pour s’accumuler dans les océans, peuvent être « éjectés » dans l’air.

Certaines caractéristiques de l’air marin pourraient bel et bien favoriser l’hydratation des voies respiratoires et améliorer les symptômes de certaines maladies, en particulier respiratoires. La pression atmosphérique de l’air marin, stable et élevée, stimule les capacités respiratoires. L’hygrométrie importante, due à l’évaporation de l’eau de mer, forme un aérosol diffusant des particules bénéfiques. Le vent, quant à lui, favorise la dilatation capillaire et les contractions musculaires, améliorant la pénétration des éléments nutritifs. L’air marin est aussi chargé d’ions négatifs, qui favorisent les échanges d’oxygène et de dioxyde de carbone, améliorant ainsi l’efficacité de la respiration et la performance des organes. L’iode, présent en quantité variable, joue un rôle essentiel pour les fonctions thyroïdiennes.
Cependant, il est crucial de ne pas idéaliser l’air marin. La présence de molécules biogéniques, de phycotoxines et de PFAS soulève des questions quant à sa pureté réelle et ses potentiels impacts sur la santé, notamment pour les personnes souffrant d'asthme ou d'allergies.
En somme, vivre en bord de mer demande une vigilance constante. La gestion de l'humidité et la protection des matériaux contre le sel sont primordiales pour préserver l'intégrité des habitations. Parallèlement, une compréhension nuancée des bienfaits et des risques associés à l'air marin permet d'envisager une coexistence plus saine et plus sereine avec cet environnement exceptionnel.
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