La géothermie, souvent perçue comme une technologie de niche, se révèle être une composante essentielle et prometteuse de la stratégie énergétique de la France. En exploitant la chaleur naturelle du sous-sol terrestre, cette énergie renouvelable offre une alternative fiable et décarbonée aux énergies fossiles, contribuant ainsi activement à la transition écologique du pays. Que ce soit pour le chauffage, le rafraîchissement ou même la production d'électricité, la géothermie présente un potentiel considérable, bien que des défis subsistent quant à son déploiement à grande échelle.
La géothermie repose sur le principe fondamental de l'exploitation de la chaleur emmagasinée dans le sous-sol terrestre. Cette chaleur provient en partie du noyau terrestre et augmente avec la profondeur, généralement de l'ordre de 3°C par 100 mètres en moyenne dans les premiers kilomètres. Cette ressource, intrinsèquement locale et inépuisable, se décline en plusieurs technologies adaptées à différents usages et profondeurs.

La géothermie de surface, également appelée géothermie très basse énergie, exploite la température relativement constante du sous-sol à faible profondeur, généralement jusqu'à 200 mètres. Cette température, indépendante des variations climatiques saisonnières à partir d'une dizaine de mètres, est suffisamment fraîche en été pour le rafraîchissement et exploitable en hiver grâce à une pompe à chaleur (PAC) pour le chauffage.
Deux principales méthodes de captage sont utilisées :
Dans ce type d'installation, un fluide caloporteur circule dans un circuit fermé, récupérant la chaleur du sous-sol par conduction thermique. Cette chaleur est ensuite transmise à l'eau du circuit de chauffage via une pompe à chaleur. L'efficacité énergétique de la géothermie de surface est remarquable : pour 1 kWh d'électricité consommé par la PAC, il est possible de générer entre 4 et 5 kWh de chaleur, dont une part significative provient directement du sous-sol. En France, en 2023, la production de chaleur issue de la géothermie de surface a été estimée à 4,7 TWh/an, couvrant les besoins du secteur résidentiel, tertiaire et agricole.
La géothermie profonde s'aventure dans les couches terrestres plus enfouies, là où les températures sont significativement plus élevées. Elle exploite des aquifères ou des gisements rocheux situés entre 1 500 et 5 000 mètres de profondeur, atteignant des températures supérieures à 150°C pour la production d'électricité, et entre 30°C et 90°C pour la production de chaleur.
La géothermie se distingue par son faible impact environnemental et sa compétitivité économique, la positionnant comme une solution clé pour la transition énergétique.
L'un des atouts majeurs de la géothermie est sa très faible émission de gaz à effet de serre (GES). Contrairement aux installations fonctionnant aux combustibles fossiles, la géothermie ne génère pas de CO₂ lors de son fonctionnement.
La chaleur terrestre est une ressource inépuisable. Les installations sont conçues pour assurer la régénération du gisement sans prélèvement excessif, et le cadre réglementaire garantit un équilibre entre l'exploitation et la durabilité de la ressource sur la durée de vie d'une installation (estimée à 30 ans).
Un point de vigilance concerne les fluides frigorigènes utilisés dans les pompes à chaleur. Ces gaz peuvent être de puissants gaz à effet de serre s'ils sont libérés accidentellement. Cependant, pour les pompes à chaleur géothermiques, le risque de fuite est quasi-inexistant en fonctionnement normal, car le fluide est confiné hermétiquement au sein de la machine. De plus, l'intervention sur ces systèmes est réservée à des spécialistes qualifiés.
Bien que l'investissement initial pour les installations géothermiques puisse être plus élevé que pour les systèmes conventionnels, notamment en raison des coûts liés aux forages, les aspects économiques sont globalement favorables.
Le coût de production de l'électricité géothermique en contexte volcanique est parmi les plus bas au monde (entre 38 et 62 €/MWh). En France, la centrale de Bouillante affiche un coût de production plus élevé (environ 100 €/MWh) en raison de sa petite taille et de sa localisation insulaire. Des actions de recherche et développement visent à réduire les coûts d'exploration et de production, notamment pour les technologies de géothermie améliorée (EGS) en métropole.

La géothermie s'inscrit pleinement dans les objectifs de la transition énergétique de la France, favorisée par les politiques nationales.
Les émissions très faibles de gaz à effet de serre de la géothermie en font une énergie renouvelable alignée avec les objectifs du Plan Climat national visant à réduire drastiquement les émissions. La Loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) fixe un objectif de 38 % d'énergies renouvelables dans la consommation finale de chaleur d'ici 2030.
La Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) 2019-2028 établit des objectifs ambitieux pour la production de chaleur et d'électricité issues de la géothermie, et prévoit une augmentation du soutien via le Fonds Chaleur de l'ADEME. Ce fonds finance les projets de production de chaleur à partir d'énergies renouvelables et de récupération, et encourage l'investissement dans les installations géothermiques profondes, les réseaux de chaleur ou de froid géothermiques, ainsi que les solutions de stockage.
La PPE propose également de rendre plus incitatif le fonds de garantie sur les forages profonds pour encourager la valorisation d'aquifères encore peu connus.
Malgré ses nombreux avantages, le potentiel de la géothermie, en particulier de surface, reste sous-exploité en France par rapport à d'autres pays européens comme la Suède ou l'Allemagne. Un déficit de notoriété persiste, tant auprès du grand public que chez certains professionnels du bâtiment.
Pour pallier cela, des actions de communication ciblent les professionnels du bâtiment (architectes, bureaux d'études, bailleurs sociaux) et les industries consommatrices de chaud et de froid (piscines, hôpitaux, centres commerciaux). Un réseau d'animateurs spécialisés est également développé pour informer et conseiller les porteurs de projets.
Si la géothermie profonde pour le chauffage urbain bénéficie d'une bonne acceptabilité, notamment en Île-de-France où la filière dispose d'un savoir-faire reconnu, les projets récents de production d'électricité ou programmés soulèvent davantage de questions. Une information transparente sur les technologies et une concertation accrue avec les parties prenantes sont cruciales pour garantir l'acceptabilité sociétale des projets.

La géothermie, par sa disponibilité constante, sa faible empreinte carbone et son caractère renouvelable, s'affirme comme une solution incontournable pour la décarbonation de nos systèmes énergétiques. Bien que des défis subsistent, notamment en termes de coûts d'investissement initial et de diffusion de la connaissance, les politiques de soutien et les avancées technologiques ouvrent la voie à un déploiement accéléré. La France a l'opportunité de faire de la géothermie un pilier de sa stratégie énergétique pour atteindre ses objectifs climatiques d'ici 2050.
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