Le confort thermique dans les bâtiments est une préoccupation majeure qui a conduit à l'élaboration et à l'évolution de réglementations thermiques en France au fil des décennies. Ces réglementations, initialement conçues pour répondre aux chocs pétroliers et à la nécessité de réduire la consommation d'énergie, ont progressivement intégré des considérations environnementales de plus en plus larges, aboutissant à des exigences ambitieuses pour les constructions neuves et la rénovation. L'histoire de ces réglementations thermiques est celle d'une prise de conscience progressive de l'impact du secteur du bâtiment sur la consommation énergétique et l'environnement.
Le premier choc pétrolier de 1973 a marqué un tournant décisif dans la politique énergétique de la France. Face à la flambée des prix des hydrocarbures et à la prise de conscience de la dépendance énergétique du pays, le gouvernement a instauré la première Réglementation Thermique (RT) en 1974. Cette mesure, initiée par le Premier Ministre Pierre Messmer, visait à réduire de manière significative la consommation énergétique des bâtiments neufs.
L'objectif principal de la RT 1974 était une réduction de la consommation énergétique de 25% par rapport aux normes en vigueur dans les années 1950-1973. L'estimation énergétique pour les bâtiments construits selon les normes antérieures était de 300 kWh/m².an, tandis que la RT 1974 visait à la ramener à 225 kWh/m².an. Pour atteindre ce but, la réglementation imposait l'installation d'une isolation thermique des parois extérieures et la mise en place de dispositifs de régulation automatique des installations de chauffage.
Un concept clé introduit par la RT 1974 est le coefficient G, mesurant les "déperditions thermiques" globales d'un logement. Ce coefficient, exprimé en watts par mètre cube et par degré Celsius (W/m³.°C), prenait en compte les pertes de chaleur à travers les parois et le renouvellement de l'air intérieur. La valeur de ce coefficient ne devait pas dépasser un certain seuil, défini selon l'une des trois zones climatiques françaises (A, B, C) et les phases d'application de la réglementation. L'isolation des parois était évaluée par un coefficient de transmission thermique K, dont le mode de calcul sera finalisé en 1977.
La RT 1974 s'appliquait initialement uniquement aux bâtiments neufs d'habitation, qu'il s'agisse de constructions neuves ou de projets nécessitant un permis de construire ou une déclaration préalable de travaux. Les bâtiments non-résidentiels faisaient l'objet d'une réglementation spécifique jusqu'en 1988, date à laquelle ils ont été intégrés dans le champ d'application des réglementations thermiques générales.

Le second choc pétrolier de 1979 a rapidement conduit à un renforcement des mesures visant à économiser l'énergie. En 1982, la RT 1982 a été appliquée, durcissant la réglementation thermique existante. L'objectif de cette nouvelle réglementation était de réaliser une nouvelle réduction de 20% de la consommation d'énergie par rapport à la RT 1974, visant une consommation de 170 kWh/m².an.
La RT 1982 a ciblé particulièrement les besoins de chauffage des logements neufs. La contrainte sur le coefficient G a été renforcée, et un nouveau coefficient, le coefficient B ("Besoins de chauffage"), a été introduit. Ce coefficient permettait de mesurer les besoins annuels en chauffage en tenant compte des apports thermiques gratuits, qu'ils soient internes (dus à l'occupation, aux appareils électriques) ou externes (notamment l'énergie solaire). Le coefficient B était également exprimé en W/m³.°K et était obtenu en soustrayant les apports gratuits utiles du coefficient G.
Cette réglementation a également vu l'apparition de labels visant à valoriser les performances énergétiques. Le label Haute Isolation est devenu une obligation pour les logements neufs, et le Label Solaire a été créé en 1983 pour encourager l'utilisation de l'énergie solaire.
La troisième réglementation thermique, datant de 1988, a marqué une étape importante en élargissant son champ d'application aux bâtiments neufs résidentiels et non-résidentiels. L'objectif était de parvenir à un optimum économique en laissant le choix des technologies les moins onéreuses pour atteindre les performances visées.
La RT 1988 a introduit une approche plus globale du calcul des besoins énergétiques. Le coefficient C (pour "Consommation") a été créé pour permettre un calcul théorique basé sur l'ensemble des besoins de chauffage et d'eau chaude sanitaire (ECS), en prenant en compte les rendements des équipements. Cette approche offrait une plus grande flexibilité aux constructeurs, leur permettant d'arbitrer entre l'installation d'équipements à haut rendement ou une isolation renforcée. De plus, pour les bâtiments non-résidentiels, la réglementation a commencé à prendre en compte les systèmes de ventilation et de climatisation.
Dans les années 1990, la prise de conscience environnementale mondiale s'est intensifiée, notamment avec le Sommet de la Terre à Rio en 1992 et le Protocole de Kyoto en 1997. C'est dans ce contexte que la RT 2000 a été conçue. Elle visait une réduction de 20% de la consommation d'énergie des logements par rapport à la RT 1988, soit une consommation maximale de 130 kWh/m².an, et une baisse de 40% pour les bâtiments tertiaires.
La RT 2000 a également introduit la notion de confort d'été, en imposant des températures maximales à respecter dans les bâtiments non climatisés, en tenant compte de la zone climatique, de la possibilité d'ouverture des fenêtres, de l'inertie thermique et de la protection solaire. Les constructeurs devaient désormais respecter des "performances" en matière d'économie d'énergie, d'équipements consommateurs d'énergie (chauffage, ECS, climatisation, éclairage) et de confort d'été.
La RT 2005, datant du 2 septembre 2006, a poursuivi cette dynamique en demandant une amélioration de 15% de la performance thermique par rapport à la RT 2000, avec une consommation maximale ne devant pas dépasser 90 kWh/m².an. La RT 2005 a incorporé deux nouveautés majeures : l'intégration de la construction bioclimatique, valorisée pour réduire les besoins de chauffage et améliorer le confort d'été, et une meilleure prise en compte des énergies renouvelables dans les calculs de référence. De nouveaux labels ont été créés pour attester de la performance énergétique des bâtiments neufs : HPE (Haute Performance Énergétique), THPE (Très Haute Performance Énergétique), HPE EnR (HPE Énergies Renouvelables), THPE EnR (THPE Énergies Renouvelables), et le label BBC (Bâtiment Basse Consommation) pour les constructions dont la consommation énergétique globale ne dépassait pas les 50 kWh/m²/an.

Suite au Grenelle de l'environnement de 2007, la RT 2012, appliquée depuis le 28 octobre 2011 pour certains bâtiments publics et généralisée à partir du 1er janvier 2013 pour l'ensemble des constructions neuves, a marqué une étape significative vers des objectifs plus concrets. L'ambition était de diviser par trois la consommation énergétique des bâtiments neufs, en s'alignant sur le label BBC 2005, soit une consommation maximale de 50 kWhep/m²/an (kWhep signifiant kilowatt-heures d'énergie primaire).
La RT 2012 a défini trois caractéristiques clés à prendre en compte lors de la construction :
La perméabilité à l'air des bâtiments neufs est devenue une exigence contrôlée par un test d'infiltrométrie (test de "fausse porte"), mesurant le débit de fuite d'air. Ce test, dont l'indicateur est le Q4Pa-surf, est réalisé par un opérateur agréé. L'objectif était de garantir une enveloppe isolante performante et d'améliorer l'étanchéité des bâtiments, réduisant ainsi les ponts thermiques qui représentent une part importante des déperditions thermiques.
La RT 2012 a également imposé l'utilisation d'au moins une énergie renouvelable pour la construction des maisons particulières, dans le but d'atteindre l'objectif de 20% d'énergies renouvelables d'ici 2020 et de diminuer la production de gaz à effet de serre.
La Réglementation Environnementale 2020 (RE 2020), qui remplace progressivement la RT depuis 2022, marque une évolution majeure en matière de construction durable. L'objectif est de faire passer les bâtiments neufs à un statut de "bâtiments à énergie positive" (BEPOS), c'est-à-dire qu'ils devront produire plus d'énergie qu'ils n'en consomment.
La RE 2020 introduit une novation fondamentale : elle ne se concentre plus uniquement sur la consommation énergétique, mais intègre également le bilan carbone des bâtiments. Cela implique une analyse du cycle de vie des matériaux et équipements utilisés, de leur extraction à leur fin de vie, ainsi qu'une prise en compte accrue de l'inconfort d'été.
Les enjeux de ce changement d'optique sont considérables, poussant le secteur de la construction à repenser ses pratiques et à innover pour construire des bâtiments plus performants, plus respectueux de l'environnement et plus confortables pour leurs occupants. La RE 2020 impose des exigences plus strictes en matière d'isolation, d'étanchéité à l'air, d'utilisation d'énergies renouvelables, et encourage fortement l'utilisation de matériaux biosourcés et bas carbone.
La transition vers la RE 2020 représente un défi pour l'ensemble des acteurs de la chaîne de construction, mais elle ouvre la voie à un avenir où le bâtiment joue un rôle actif dans la transition écologique et la lutte contre le changement climatique.

Parallèlement aux réglementations s'appliquant aux bâtiments neufs, des dispositifs ont été mis en place pour améliorer la performance énergétique du parc existant. Depuis 2007 pour la rénovation par éléments et 2008 pour la rénovation globale, des réglementations thermiques spécifiques s'appliquent. L'arrêté du 3 mai 2007, par exemple, rend obligatoire l'ajout ou l'amélioration de l'isolation thermique lors de travaux de rénovation, même partiels. La RT globale reprend la logique de la RT 2012 pour la rénovation.
L'objectif du Grenelle de l'environnement de 2007 était ambitieux : une baisse des consommations d'énergie de 3% par an pour le parc de bâtiments anciens d'ici 2020, ce qui nécessitait un effort conséquent sur la rénovation. Les incitations financières, les labels et les aides à la rénovation thermique jouent un rôle clé pour encourager les propriétaires à engager des travaux.
La rénovation thermique représente un levier essentiel pour atteindre les objectifs nationaux en matière de réduction des consommations d'énergie, d'émissions de gaz à effet de serre et de précarité énergétique. Elle contribue également à améliorer le confort des occupants et la valeur du patrimoine immobilier.
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